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  •  L’intitulé de cette analyse nous renvoie à une étude très poussée et vaste de l’affirmation que je viens de tenir. Cependant, pour raccourcir le chemin, dans une première tentative, nous chercherons de saisir la notion de « droits électoraux » institutionnel et subjectif selon la scientificité du droit international des droits de l’homme (DIDH), en appui avec la démocratie (I). Et, dans une seconde partie, nous tacherons de démontrer comment les trois (3) pouvoirs cités plus haut se sont entendus pour vider le contenu des droits électoraux en République de Guinée (II). Ce faisant, nous allons faire du droit comparé pour bien arguer sur la violation des droits électoraux dans cette République prise en otage depuis son accession à l’indépendance, le 02 octobre 1958. I. La notion des droits électoraux Selon la doctrine et le droit international des droits de l’homme, la dimension collective des droits de l’homme dans sa partie droits de citoyenneté que l’on nomme souvent par « droits politiques », retient trois (3) composantes des droits politiques. Pourquoi droits politiques ? Par ce que tout simplement, ce sont des droits qui permettent aux citoyens de participer directement ou indirectement à la gestion de la République, ou de la civitas. Sur ce, selon les dispositions de l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) adoptée à Paris et proclamée le 10 décembre par l’Assemblée générale des Nations Unies, de l’article 25 du Pacte international des droits civils et politiques (PIDCP) du 16 décembre 1966 ; l’article 13 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), les droits politiques se divisent en trois (3) grandes catégories Le droit « générique » de prendre part à la direction des affaires publiques ; Le droit d’accès à la fonction publique ; Et les droits électoraux d’où cadre notre sujet. Par ailleurs, les droits électoraux à leur tour, se subdivisent en deux (2) categories a) Droits électoraux institutionnels : les Etats sont tenus d’organiser des élections libres et transparentes à des intervalles réguliers pour designer les organes qui sont investis d’un pouvoir normatif et indépendant : Le président de la République dans un régime présidentiel ou présidentialiste ; le premier ministre ou chancelier dans un régime parlementaire ou semi parlementaire; les parlements nationaux ; les parlements des Etats fédérés dans les Etats fédéraux et/ou fortement régionalisés. L’article 25 du PIDCP s’applique aussi sur les référendums, etc. b) Et en Droits électoraux subjectifs : Ces droits comprennent le droit de vote et le droit d’éligibilité pour tout citoyen, évidemment selon certaines conditions objectives et raisonnables. Selon le Comité des droits de l’homme, les Etats ont d’une part, des obligations négatives (ne pas porter atteinte à ce droit), et, d’autre part des obligations positives (prendre des mesures pour la réalisation efficace de ces droits, comme l’inscription des électeurs, le respect de la liberté d’expression, d’association, la lutte contre l’analphabétisme, etc. Il faut signaler que tous les droits politiques posent comme condition sine qua non, l’exigence de la nationalité, et se sont ce sont les Etats qui déterminent souverainement qui sont leurs nationaux. Ainsi, au regard du DIDH, en République de Guinée, les droits électoraux susmentionnés, c’est à dire, les droits de vote et d’éligibilité sont violés par les trois (3) pouvoirs (supra). Partant, nous allons traiter de la violation du droit d’éligibilité, car la violation du droit de vote et l’organisation des élections libres et transparentes ne font pas aujourd’hui l’objet de polémique, tous les juristes, sociologues, et économistes partagent pratiquement la même analyse. II. La violation des droits électoraux, en l’occurrence le droit d’éligibilité Comme nous l’avons dit au début de cette analyse, nous allons adopter une approche comparative pour soutenir que la République de Guinée serait le seul Etat de la sous région où la violation du droit d’éligibilité est officielle et manifeste. Effectivement, la Constitution du 23 décembre 1990, dans sa première version, comme dans sa version révisée de 2001 « viole », limite de façon déraisonnable le droit d’être candidat aux différentes consultations électorales (présidentielles, législatives, etc). Cette constitution, ayant rappelée dans son préambule, et dans son article 1er le caractère universel des droits de l’homme, et l’attachement de la Guinée aux principes démocratiques, viole dans les dispositions qui suivent les mêmes principes démocratiques qu’elle (Constitution) a posée. Sur ce, l’alinéa 1 de l’article 3 Const. dispose que « […] Seuls les partis politiques présentent les candidats aux élections nationales ». Quant à l’élection du président de la République, l’article l’alinéa 2 de l’article 26 de la const. stipule que « […] Aucune candidature n’est recevable si elle n’est présentée par un parti politique légalement constitué ». La même condition saugrenue se pose pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale. Dans la même logique, les articles L 117, L 126, et suivant de la Loi organique de 1991 portant code électoral, viennent corroborer ce qui a été dit supra par la constitution. L’exécutif, le législateur guinéen, et par la complicité du pouvoir judiciaire (Cour Suprême) ont refusé de supprimer cette disposition dans le projet révision de la constitution avant le pseudo référendum constitutionnel du 11 novembre 2001. Qu’en est-il dans les autres pays ? Pour cela nous n’allons même pas partir en France, aux Etats Unis pour savoir comment la République de Guinée viole le droit d’éligibilité, mais on illustrera nos propos en mettant en nos législations électorales sur celles de nos voisins sous régionaux. En effet, lorsque nous prenons ce petit pays de l’Afrique occidentale : le Bénin, qui se trouve aujourd’hui l’un des meilleurs élèves en matière de démocratisation sur le continent africain, on ne retrouvera aucune disposition, ni dans la Constitution béninoise, ni dans les lois électorales béninoises, une disposition similaire qui limiterait le droit d’éligibilité. D’ailleurs l’actuel président Yayi Boni qui est l’un des économistes chevronnés de la sous région ouest africaine, fut élu à présidence béninoise comme candidat indépendant. De surcroît, tout près de chez nous encore, les Républiques du Sénégal et du Mali ne se retrouvent point sur le chemin qu’a tracé la République de Guinée, et notre pays est très lié historiquement à ces deux (2) pays. Au Sénégal, l’article L O 111 de la Loi organique 92-95 et 92-16 du 07 février 992 reconnaît la candidature indépendante. Au Mali, l’article 67 de la Loi N° 06-44 du 4 septembre 2006 portant Loi électorale mentionne que « Les candidatures indépendantes sont également autorisées ». Du reste, lorsque nous prenions la route du Sahel, au pays des hommes intègres, malgré la succession de coup d’Etat militaire qu’a connu ce pays après son indépendance et ce jusqu'à la fin des années 80, (avec la mort de Thomas Sankara, le 15 octobre 1987), nous ne retrouvons aucune disposition similaire à celle de la Guinée. L’alinéa 2 de l’article 123 de la Loi N° 24/2005 portant modification de la Loi N ° 14/ 2001 du 03 juillet 2001 portant code électoral du Faso dispose que « Les candidatures peuvent être présentées, soit à titre individuel, soit sous le patronage d’un parti politique, d’un collectif de partis, ou d’un groupement de partis ou de formations politiques légalement reconnus ». Dans la même ambiance des Lois électorales, le Niger voisin du Burkina Faso, par la voie de la Cour suprême a rendu un avis sur la question des candidatures indépendantes. La Cour suprême du Niger, par son avis du 24 septembre 1992 affirma que l’article 84 de l’Ordonnance N 92-043 du 22 août 1992 portant Code électoral qui éliminait les candidatures indépendantes limite les droits et libertés fondamentaux. La Cour suprême du Niger « Dit que le fait pour l'article 84 du Code électoral d'éliminer les candidatures indépendantes aux élections présidentielles constitue une atteinte aux droits et libertés fondamentaux des citoyens notamment le droit pour tout citoyen d'être éligible, la liberté pour tout citoyen d'adhérer librement au parti politique de son choix et l'égalité de tous les citoyens devant la loi Dit que du point de vue du droit, aucune raison ne justifie l'élimination des candidatures indépendantes aux élections présidentielles, tout au contraire, le mode d'élection du président de la République et le rôle qui lui sera dévolu dans la prochaine constitution militent dans le sens du maintien des candidats indépendants aux élections présidentielles ». Aujourd’hui, au Niger, les nouvelles lois électorales reconnaissent les candidatures indépendantes. Le candidat indépendant à l’élection présidentielle doit fournir 10.000 signatures dans au moins cinq (5) régions du pays ; 1 % des inscrits de la circonscription où il se présente, pour les élections législatives, régionales, départementales, etc. Après avoir passer en revue certaines lois électorales de la sous région, nous remarquons qu’à l’exception de la Guinée, tous ces pays susmentionnés reconnaissent les candidatures indépendantes aux élections présidentielles, législatives, etc. On pourrait comprendre et admettre certaines conditions d’exercice du droit d’éligibilité, notamment les exigences liées à la nationalité, à l’âge (35-40 ans selon les pays), la résidence, le certificat médical, la jouissance des droits civils et politiques, l’incompatibilité des fonctions, etc., mais il serait déraisonnable, irrationnel et disproportionné de limiter le droit d’éligibilité par l’appartenance à un parti politique. Certes, le droit de vote et le droit d’éligibilité ne sont pas des droits absolus, et par conséquent ces droits pourraient être limités par le législateur, mais en respectant la triple condition classique : la légalité, le but poursuivi et la proportionnalité. Assurément lorsqu’on analyse les textes mis en cause, dans le cas présent, la constitution et la loi électorale guinéenne, on se rend compte que la condition de légalité est respectée, car nous avons deux (2) bases légales : la constitution et la loi électorale. Cependant, il faut poursuivre le raisonnement, car toute limitation de droit de l’homme doit répondre à trois (3) conditions (supra). Partant de là, examinons les deux (2) autres conditions qui restent, à savoir le but légitime poursuivi, et la proportionnalité. Quel est le but poursuivi par le refus des candidatures indépendantes ? Le refus des candidatures indépendantes ne poursuit selon mes dires aucun but légitime. Peut être, ce qui défendent cette limitation des candidatures indépendantes me diraient que le but légitime poursuivi qu’on pourrait dégager de cette mesure, c’est la protection de la liberté d’association, association dans le sens des partis politiques. Moi je dirais même sous un autre angle, que cette mesure est aussi contraire à la liberté d’association, la liberté d’appartenir à un parti politique de son choix, car il faut signaler que cette liberté d’appartenir à un parti politique renvoie aussi à la liberté de ne pas appartenir à un parti politique. Donc, une telle mesure oblige les citoyens à appartenir à un parti politique pour être éligible. Elle (mesure) est même contraire au principe d’égalité. En outre, la mesure de limitation n’est pas proportionnelle par rapport à l’objectif légitime poursuivi (d’ailleurs je n’en vois aucun). Il y a d’autres mesures qui porteraient moins atteinte, qui limiteraient de façon raisonnable le droit d’éligibilité, comme l’imposition d’un certain nombre de signatures aux candidats indépendants, et, cette exigence d’un certain nombre de signatures ne viderait pas le droit d’être éligible de son contenu. En République de Guinée, les hommes qui incarnent ces trois (3) pouvoirs, soucieux de leurs intérêts égocentriques, ont supprimé la limite d’âge et le nombre de mandat pour être président de la République. Ces limites d’âge (70 ans), et de mandat (5 ans renouvelable une seule fois) figuraient dans la première version de la Constitution de 1990 en son article son article 24. Donc, le législateur, et le judiciaire aveuglés par leurs « annuités » qui ne dit pas son nom, au lieu de corriger les imperfections de la première version de la dite constitution, ont par contre continuer à « tailler » la constitution pour attribuer un pouvoir considérable au président de la République et limiter de manière déraisonnable les droits et libertés fondamentaux. Conformément à l’article 45 de la constitution et à l’article 7 de la Loi organique N°91/008/CTRN du 23 décembre 1991 portant attributions, organisation et fonctionnement de la Cour suprême de la République de Guinée, la Cour suprême donne son avis sur les projets de loi soumis au référendum et sur les projets de loi qualifiés d’organiques. Elle donne également son avis sur les propositions de loi. Au demeurant, la Cour suprême de la Guinée, au lieu de donner un avis comme l’a fait la Cour suprême nigérienne, s’est « alliée » avec les pouvoirs législatif et exécutif, et, a laissé passer ce faux référendum du 11 novembre 2001 sans émettre un avis constructif sur la garantie et la sauvegarde des droits et libertés fondamentaux, en l’occurrence les droits électoraux subjectifs. Enfin, il faut aussi affirmer que les partis politiques, pris de peur par certains citoyens qui pourraient se présenter comme candidat indépendant pour briguer le mandat présidentiel ou législatif, ont soutenu la position du gouvernement, car il faut reconnaître que certains citoyens, en se présentant comme candidats indépendants peuvent faire la différence, et ce même dans les bastions de l’opposition. Ainsi, ces partis d’opposition et non de l’opposition cherchent à leur tour beurrer leurs croissants, car nous sommes dans une République où tous les calculs et jeux se résument à : Comment, à mon tour puis-je beurrer mon croissant ? Ces hommes qui incarnent l’opposition, qui se présentent comme des pro démocrates, au lieu de chercher à consolider les grands principes démocratique, s’évertuent et explorent les principes démocratiques qui les arrangent dans le but de beurrer à tout prix leurs croissants, et non de beurrer les croissants de tous les citoyens de la République. La République de Guinée pourraient se définir en trois mots: Pays des Exceptions et Contrastes : un pays détonateur des indépendances en Afrique occidentale française (AOF) et en Afrique équatoriale française (AEF), un pays où le processus démocratique tordu, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire sous la coupole du pouvoir exécutif, un pays où la confusion des pouvoirs est très marqués, les partis politiques battis fondamentalement à l’image des régions, pays champion de la mauvaise gouvernance économique et politique, un président de la République très malade mais qui continue de tenir le pays en otage, un petit pays riche par les aléas de la nature mais appauvri par ses propres fils, le manque de personnalité et de courage politique des dirigeants -on ne démissionne pratiquement pas et on attend son renvoi de la haute hiérarchie administrative pour se porter comme le grand opposant au régime des « prédateurs », un pays où le menu reste l’ethnie et que l’ethnie.

    Touré Ibrahima Sory, écrivain, spécialiste en droit de l’homme. Montréal. istofr@yahoo.fr

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  • SORTIE D'UN LIVRE: GUINEE- CHRONIQUE d'UNE DEMOCRATIE ANNONCEE

     Guinée-chronique d’une Démocratie annoncée retrace le processus des déséquilibres de la transition démocratique en Guinée. L’analyse montre comment les contextes de développement des partis politiques et le dépouillement des institutions démocratiques en Guinée vont servir de tremplin à la dérive de confiscation du pouvoir. Dans les faits, le multipartisme incontrôlé en Guinée a eu pour conséquence la pratique du régionalisme et de l’ethnostratégie comme moyens politiques. L’éducation des populations aux principes et idéaux de la Démocratie a, conséquemment ou sciemment, été subordonnée à d’autres intérêts. Parallèlement, la confusion entretenue entre l’État et le gouvernement a empêché les institutions « démocratiques » nationales de jouer leur rôle. La répression du pouvoir face aux crises sociopolitiques et économiques a favorisé un système administratif mercantiliste reposant sur le laxisme et la corruption. Ce livre tente de mettre en exergue les blocages, les dérapages, la dérégulation institutionnelle et les inconstances de gouvernance qui ont perturbé le processus d’alternance au pouvoir en Guinée. Il offre ainsi la possibilité aux acteurs, victimes et héritiers, de cerner les erreurs de jugement, circonscrire les fautes en vue de mettre en place des mécanismes de barrage, de contrôle et d’évaluation, de correction pour l’avenir. Avec un DES en Économie-géographie de l’École normale supérieure de Manéah en Guinée, O. Tity Faye est, également, diplômé en Économie des médias de l’Institut français de presse de l’université de Paris II, Sorbonne. Sa carrière de journaliste commence en 1992, avec l’intensification des mouvements politiques en Guinée. Il devint, successivement, Rédacteur en chef du journal « L’indépendant », Vice-président de l’Association des journalistes de Guinée (Ajg) et, Directeur de publication ou de Rédaction de plusieurs magazines et journaux dont « Le pays », « Le Continent » et l’hebdomadaire d’analyse « L’indépendant Plus ». O. Tity Faye a, également, été responsable de la communication de la Société guinéenne d’électricité, Consultant Spécialiste de la presse au Programme des nations-unies pour le développement (Pnud) et Rédacteur en chef des Bulletins « Les Nations-unies en Guinée » et « Pnud-Flash Guinée ». O. Tity Faye vit, actuellement, à Mississauga, en Ontario (Canada) où, il enseigne le Français Langue Seconde. « Guinée – Chronique d’une Démocratie annoncée » est disponible en ligne aux éditions Trafford Publishing. Utilisez le lien : www.trafford.com/07-1268. En Guinée, il sera en vente dans un délai de 40 jours

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  • VOULOIR, C'EST POUVOIR

     Les discours, pour le moins démagogiques des dirigeants politiques, ont de tout temps et sous tous les cieux, eu le mérite de faire rêver les administrés qui s’identifient tant bien que mal à leurs contenus hétéroclites qui promettent monts et merveilles, face aux inquiétudes et aux désespoirs grandiloquents, des populations démunies et impatients d’assouvir leurs besoins les plus élémentaires. Les inaptitudes et les divergences résultants des conflits d’intérêt, favorisent l’instauration de climat d’insécurité économique et sociale, contexte environnemental sur lequel, surfent opportunément la racaille politicienne, dans un élan d’hypocrisie et d’égoïsme, avec de prolifiques racontars, à faire perdre son latin. L’expérience a prouvé que cet état de faits, bien que n’étant pas l’apanage des guinéens, est une pratique courante dans notre pays, dont les décideurs politiques ont toujours fait preuve d’excellence, dans leur rhétorique populiste, toutes les fois qu’il s’est agit de mobiliser des gens pour une cause, pour peu reluisante qu’elle soit, ou d’engranger des voix dans le cadre de pseudo- élections, car en fait d’élections libres et transparentes, les guinéens ne peuvent s’en vanter, puisqu’il n’en jamais été question et on peine à croire qu’il en sera, dans un avenir proche. On serait tenté d’affirmer sans risque de se tromper, que la Guinée est à l’image des guinéens. Pays de paradoxes, incapable de tirer un maximum de profits de son exceptionnelle dotation naturelle en ressources minières et de la clémence du climat favorable au développement agricole, mais aussi et surtout, l’incapacité notoire à valoriser les ressources humaines dont la sous-évaluation et la faible promotion, constituent l’une des causes de la perte d’identité qui menace inéluctablement l’équilibre social. On a trop rêvé en Guinée, plongés que nous avons été dans un coma artificiel entretenu par les discours élitistes dits révolutionnaires de l’ancien régime qui nous a muré dans un silence coupable, obstruant nos visions et nos horizons et voilà qu’au moment où nous nous estimons suffisamment éveillés, l’on gesticule et manipule les esprits faiblards, pour nous cantonner dans un état végétatif de somnambulisme, à nous faire encore rêver et cette fois-ci debout, les yeux grandement ouverts. Crier haro sur toutes les actions de l’actuel gouvernement, peut paraître malhonnête, intellectuellement parlant, car les effets d’annonce de ses différentes entreprises, sont à priori imputables à une réelle volonté de changement, réclamé par le peuple de guinée, alternative qui passe nécessairement, par l’organisation future d’élections législatives libres et transparentes, mais plus important, par la lutte contre la corruption, dont l’enracinement dans les mœurs, s’apparente à une forme de légitimation et d’institutionnalisation à bien des égards. Le fondement essentiel des doutes émis ça et là par nombre d’observateurs, quant à une réelle volonté politique du gouvernement à mettre en œuvre les mesures coercitives favorables à la sortie de crise, réside dans le fait que leur rythme d’application s’effectue à pas de caméléon. Et à ce jour, aucune des prétendues actions allant dans ce sens, ne s’est objectivement soldée par des résultants concrets, d’où la défiance des guinéens, teintée d’appréhensions et de sentiments confus. Si le creuset entre le dire et le faire n’était une réalité bien vivante chez nous, on se devait d’avoir des motifs de satisfaction en ce qui concerne l’ordonnance par le gouvernement, d’audits dont les rapports mettent en évidence, à tous les niveaux, des dérives graves et d’importants cas de déperdition et engagent les responsabilités des chefs de départements ou leurs cabinets, les comptables publics, les comptables de fait, les ordonnateurs et administrateurs de crédits, les gestionnaires de projets ou d’établissements et des agents prestataires ou opérateurs économiques. Ces rapports montrent à suffisance l’ampleur de la gestion calamiteuse des deniers publics et la corruption endémique qui n’épargne aucune catégorie socio- professionnelle. Reste désormais à espérer avec véhémence, que la machine judiciaire ait les coudées franches, par son indépendance et son impartialité, pour se mettre en branle contre tous ces fossoyeurs et arnaqueurs, qui pullulent et pillent sans vergogne nos maigres ressources financières. Pour prouver sa bonne foi, le gouvernement doit principalement lutter contre des pratiques néfastes au sein de l’administration dont entre autres, les missions fictives et la surfacturation de leurs frais, l’alimentation du marché noir des devises par l’argent public, les exonérations fiscales de complaisance, les dépenses extra- budgétaires pour le financement de projets et d’actions personnels sous-couvert d’actions gouvernementales, les prises illicites d’intérêt dans les entreprises bénéficiant de marchés juteux par favoritisme. On ne peut donner une liste exhaustive de tous les manquements à l’éthique et la morale, mais une entame sincère de combat pour l’assainissement et la viabilisation de la vie publique serait salutaire pour l’avancement qualitatif de la Guinée. Le seul hic, c’est qu’en politique, les grands diseurs ne sont pas toujours les grands faiseurs.

     BAYO Abidine

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  • Conakry le 4 Décembre 2007 LETTRE OUVERTE A Mme ANDRE TOURE

    Chère Madame, Je suis sûr que vous ne vous rappelez pas de moi. Nous ne nous sommes vus face à face qu’en 1970 à Rome. L’ambassadeur Seydou Keita avait organisé une conférence de presse lors de votre visite dans la cité sainte en compagnie de Myriam Makéba. Imbu du verbiage de votre mari, croyant fermement en sa sincérité au point d’être membre de la JRDA, j’avais aidé et participé activement à l’organisation de cette conférence de presse. Etant journaliste moi même, devant le mutisme des collègues italiens qui ne savaient rien de la Guinée, en toute bonne foi j’ai posé des questions qui tendaient à mieux faire connaître notre pays. D’ailleurs, je préparais alors ma thèse de doctorat sur la Guinée, qui traitait entre autre de la pensée politique de votre mari et de sa conception de la société guinéenne. A la fin de la conférence de presse, ayant compris que mes questions n’avaient pas été du goût de M. Keita, dont j’ignorais l’inhumanité, je vous ai exprimé mes craintes. Aussi bien vous que la grande chanteuse sud-africaine, vous avez cherché, maternellement à me tranquilliser et vous m’avez même félicité. Lors de l’agression portugaise du 22 Novembre 1970, mon père était à l’extérieur du pays. Il a tout fait pour rentrer car il aimait immensément la Guinée et malgré toutes les épreuves que votre mari avait fait subir à notre pays, il croyait que l’on ne pouvait être arrêté, torturé, privé de tous ses biens et massacré que si on avait commis de graves crimes contre son pays. En attendant que l’aéroport de Conakry soit rouvert il a du patienter chez un ami à Bamako, Diallo Sada, futur Président du Patronat malien. Cet ami connaissait bien votre mari, car il avait été chassé de Guinée, son pays d’adoption avec seulement une valise. Toutes ses villas, ses voitures, ses entreprises et ses terrains lui avaient été arrachés, sans qu’il ait absolument rien fait de contraire à la loi. Craignant pour la sécurité de mon père, il a tout fait pour le retenir à Bamako, mais celui-ci lui a dit qu’il ne pouvait pas laisser sa famille seule et que de toutes les façons, n’ayant rien fait, il n’avait aucune crainte. Dès son retour, il a été arrêté et enfermé au Camp Boiro. Il y est resté pendant un mois. Malgré l’atmosphère concentrationnaire qu’on respirait dans tout le pays et les témoignages sur le véritable visage du régime tortionnaire instauré par votre mari, mon père a cru que comme il n’avait rien fait, il ne courait aucun risque. A ses yeux, la preuve était qu’en le libérant la révolution avait reconnu qu’elle s’était trompée dans son cas. C’est pour cela qu’il avait été libéré. Bien qu’il en aurait eu la possibilité, il a refusé de quitter le pays. Après quelques mois, il a été arrêté et a disparu définitivement, en même temps que tant d’autres innocents. Sa famille fut dépossédée de tous ses biens : terrains, bâtiments, voitures, camions, magasins, participations dans des entreprises, comptes en banque, etc. Chaque membre de la famille fut obligé de sortir de ses propriétés avec seulement ce qu’il avait sur lui. Ma mère ayant voulu prendre sa natte de prière, un des miliciens la lui arracha des mains avec tellement de force qu’elle faillit tomber. Dans l’atmosphère de délation et de peur qui prévalait, un seul oncle eut le courage de prendre en charge nos mamans et les jeunes enfants. Les plus grands n’ont trouvé leur salut que dans la fuite. Pourtant, moi qui étais déjà à l’extérieur ce n’est que grâce à la fermeté de ma femme que je ne suis pas rentré pour combattre. J’aurais subi ainsi la fin de plusieurs jeunes Guinéens qui, sentant leur patrie en danger ont interrompu toutes leurs activités pour voler à son secours. Ils ont été arrêtés à leur entrée en Guinée et accusés de connivence avec les envahisseurs ! Quelques années plus tard, il parait qu’ayant vu l’état de délabrement de notre bâtiment à Boussoura causé par l’incurie et la malhonnêteté des habitants que la révolution y avait logés, vous auriez exprimé très vivement votre colère : baignoires rouillées, wc et bidets bouchés, fenêtres et portés arrachées, pans tombants, etc. Cette colère contre la destruction d’un bien de mon père et la gentillesse que vous avez montrée à mon égard en Italie, m’ont toujours porté à croire que vous aussi vous deviez avoir été une victime. Je crois que votre conscience n’a jamais accepté les méthodes sanguinaires de votre mari. Pendant toute la durée du règne de la terreur, au milieu des batoula, menteurs, délateurs et hypocrites aux mains souillées du sang de tant d’innocents compatriotes, vous avez dû vous sentir, souvent, comme ces intellectuels que des régimes dictatoriaux enfermaient dans des asiles pour aliénés mentaux. Dans votre intimité, vous devez avoir subi les caresses de votre mari comme les pattes d’une araignée sur votre corps, malgré l’amour pour les enfants que vous avez eus avec lui. Comment avez-vous géré vos amitiés qui dépendaient de l’humeur d’un mari sanguinaire, car je suis sûr que des sentiments sincères devaient vous lier aux veuves d’anciens ministres ? Vous ne pouvez pas les avoir considérées comme des ennemies du jour au lendemain, sans motif ! Comment faisiez-vous face à ces amies dont les maris ou les enfants innocents ont été martyrisés par le vôtre ? Depuis que la terreur a été remplacée par le libéralisme économique, ou avant, je n’ai jamais entendu votre nom lié à une quelconque malversation, abus de pouvoir ou corruption, à part quelques bruits lors de la recherche d’un héritier du régime révolutionnaire à la mort de votre mari. Je suis convaincu que vous ne revendiquez nullement l’idéologie du Parti des pendeurs de guinéens. Les propos que vous avez tenus lors du brouhaha qui a envahi nos tympans à l’occasion du 22 Novembre 2007, ont été les seuls mots qui dénotent une sincère recherche de réconciliation avec notre peuple. En tant que fils d’une victime de la folie meurtrière de votre mari, je vous prie de continuer sur ce sentier et de refuser de vous prêter à une quelconque instrumentalisation des nostalgiques de ce régime qui a tué tant de cadres, d’hommes d’affaires ainsi que d’autres simples citoyens innocents et obligé un tiers de la population guinéenne à fuir dans les pays voisins. Au cours de l’année 2008, qui marquera le Cinquantenaire de l’indépendance de notre pays, les nostalgiques du pouvoir sanguinaire ne manqueront pas de solliciter votre aval pour des actions politiques destinées à renforcer leurs ambitions personnelles. Ce n’est pas de l’intérêt de notre peuple. Refusez de répondre aux appels de ces sirènes, lys de l’histoire. Sachez distinguer l’amour qui vous a fait épouser cet homme, dont tant de Guinéennes ont subi le charme légendaire, de l’intérêt et de l’amour que vous portez à notre peuple, en continuant à prôner la réconciliation nationale. Personne ne vous en voudra de vous rappeler les moments agréables de la vie conjugale que vous avez vécus avec lui, mais pensez à ces nombreuses familles qui ne savent même pas où sont enterrés leurs maris, pères, frères ou sœurs. Pensez à eux et aux amitiés que vous avez du interrompre pour des raisons qui vous étaient imposées, en refusant de servir des intérêts partisans qui vont à l’encontre de la justice et du respect de la mémoire des disparus. Hier, vous ne pouviez rien faire pour empêcher les crimes de votre mari, mais aujourd’hui vous pouvez agir, pour au moins, que la mémoire des innocents ne soit pas bafouée. Pour le bien de notre chère patrie, aidez-nous à faire reconnaître que nos parents ont été tués en toute innocence et que ceux qui savent où leurs corps ont été cachés nous disent où aller les chercher pour leur offrir une sépulture digne des croyants qu’ils étaient. Tout en espérant que vous ne resterez pas sourde à cet appel, auquel se reconnaissent plusieurs Guinéens, je vous prie d’agréer, chère Madame, l’expression de mon très sincère amour filial.

     Dr. Abdoulaye Bah abkodo2@yahoo.fr

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  • AlSENY RENEGOMEZ, VICTIME OU BOURREAU?

     Suite à la publication de son livre « Camp Boiro, parler ou périr », je suis aujourd’hui de ces Guinéens, africains et observateurs de la vie sociopolitique de la Guinée de ces dernières décennies qui s’interrogent sur la portée réelle de l’œuvre de M. GOMEZ. J’avoue n’avoir lu qu’un extrait de ce livre et quelques passages relayés par la presse. Mon interrogation ne porte point sur les exactions, animosités, humiliations et exterminations sommaires et extrajudiciaires dont ont subies - pour une raison ou pour une autre- toutes celles et tous ceux qui ont eu la malchance de séjourner dans cette geôle qui occupe une place de choix parmi les plus abominables de l’histoire du continent noir. Elle ne porte pas non plus sur l’ampleur, réelle ou supposée, du délit ou du crime que peut commettre un être humain pour mériter de tels traitements. Il est bien vrai que tous ceux qui prétendent être victimes de ce Goulag à la guinéenne n’en sont pas réellement. Il eût des victimes innocentes et des personnes qui ont été broyées par la machine répressive qu’elles ont participé à la conception et au fonctionnement des années durant. Le régime PDG, à un moment donné de son existence, a crée un monstre qui s’alimentait de la chair humaine. Il fallait nécessairement lui trouver de quoi s’alimenter (d’abord des coupables, ensuite des innocents, y compris ses concepteurs et créateurs, à défaut de trouver ceux auxquels on reprochait quelque chose). On sait bien que M. GOMEZ fut parmi les hauts dignitaires du système PDG, même si je ne suis pas en mesure de savoir aujourd’hui, à cause de ma jeunesse et de manque de sources d’information fiables, quel fut exactement son rôle dans la conception et le fonctionnement de la machine qui a tué des milliers de vies innocentes dans le pays et contraint des millions d’autres à l’exile. Ce qui suscite mon interrogation et mon étonnement, c’est l’attitude de M. GOMEZ et le rôle qu’il a joué dans l’histoire récente de la Guinée, c’est-à-dire celle qui commence après la chute du régime qu’il décrie dans son livre et qui le voit jouer un rôle de premier plan dans la gestion de la Guinée post-PDG. Je pense particulièrement à ses fonctions ministérielles (Intérieur et Sécurité, puis récemment Justice et Garde des Sceaux). Mon étonnement, parfois ma révolte concerne le silence de M. GOMEZ sur son rôle dans cette période de la Guinée. Il a pu nous dire, avec éloquence et pathétisme, ce qu’il a vu et subi comme conditions inhumaines et dégradantes au Camp Boiro, mais pas un seul mot sur la manière dont il a géré les élections présidentielles de 1993 dont la fraude, la mascarade et les coups de canon et armes automatiques qui ont suivi la publication des résultats définitifs par la Cour suprême, ont fini par miner, on ne sait jusqu’à quand encore, le chemin de la démocratie en Guinée. Il ne dit rien sur son rôle de pionnier dans les machinations qui continuent de priver les Guinéens des bien faits de la démocratie, qui consiste à choisir ses dirigeants par le peuple et à contrôler leurs décisions et actions dans la gestion de la chose publique. Par sa participation à imposer au peuple de Guinée des dirigeants qu’il ne voulait pas ou plus, il est de ceux-là qui ont ouvert la voie à l’institutionnalisation du vol du denier public, de la corruption, du détournement qui gangrènent notre société aujourd’hui. C’est contre ces mêmes dirigeants qu’il a contribué à imposer à la Guinée que tout le pays s’est levé, comme un seul homme en juin 2006 et en janvier et février 2007 dont plus d’une centaine de jeunes ont été froidement et lâchement abattus. M. GOMEZ est-il en mesure de nous dire, depuis qu’il a posé cet acte tristement célère, combien de Guinéens sont morts du déficit démocratique dont les conséquences s’appellent détournement, corruption, arrestation arbitraire etc.? Plus révoltant encore, après les massacres de juin 2006, toute la Guinée, soutenue par les organisations de défense des droits de l’homme, a exigé la mise en place d’une commission d’enquête afin d’identifier et de traduire en justice les responsables du carnage qui a coûté la vie à près d’une vingtaine de jeunes élèves. Qu’est-ce que M. GOMEZ a fait ? En sa qualité de garde des Sceaux, Ministre de la Justice, son rôle a tout simplement consisté à la mise en place d’un théâtre dont l’objectif évident était d’étouffer cette affaire. Or s’il s’estime victime d’une injustice, d’une arrestation arbitraire, de torture etc., son action, après son extraction de la geôle du Camp Boiro, devrait s’inscrire à l’avant-garde du combat contre l’injustice en Guinée, pour que, plus jamais, personne ne connaisse le sort qu’il dit avoir injustement subi. Qui plus est, il en a eu l’occasion et les moyens de le faire. En sa qualité de ministre de l’intérieur, qu’a-t-il fait pour le démantèlement et la fermeture des camps de détention et de torture secrets dont le fameux « Koundara » ? Qu’a-t-il fait pour interdire les bastonnades, les humiliations et les atteintes graves à l’intégrité physique et à la dignité des détenus dans nos commissariats de police, dans nos postes de gendarmeries et dans nos prisons ? En tant que ministre de la justice, quel acte M. GOMEZ a-t-il posé pour assurer une justice équitable à ces détenus dont certains se trouvaient là pour s’être disputés avec un « grand » ou pour des dettes civiles ? Bref, Qu’est-ce que M. GOMEZ a fait pour assurer une justice indépendante et équitable aux Guinéens dont ont été privée les pensionnaires du Camp Boiro ? Par juste indépendante et équitable, j’entends celle qui consacre et applique les grands principes de droit reconnus par tout système judiciaire d’obédience démocratique. C’est celle qui assure la présomption d’innocence à toute personne inculpée. C’est celle qui cristallise le droit à un procès contradictoire assorti de droit à toute personne soupçonnée d’avoir commis une infraction de se faire assister d’un conseil ou d’un avocat pour plaider sa cause. C’est aussi celle qui respecte le principe sacré de la légalité des délits et des peines. Je ne saurais jamais être exhaustif dans mes interrogations sur le rôle joué par l’auteur de « Camp Boiro, parler ou périr ». Ce qui reste évident, c’est que l’auteur de ce livre n’est pas le mieux placé pour nous parler des dérives d’un système dont il a été un maillon essentiel et surtout dont il n’a rien fait pour démanteler quand il en avait les moyens. C’est pour quoi sa présence parmi les enfants des victimes du Camp Boiro pour une manifestation quelconque m’étonne à plus d’un titre ! Et je me demande quand est-ce que ses victimes à lui auront l’occasion de lui demander des comptes. Je suis seulement persuadé que ce n’est pas sur le régime en place qu’il faut compter pour comprendre, à fortiori demander réparation pour les innombrables victimes, connues ou restées dans l’anonymat. Car le régime actuel n’est qu’un avatar de l’ancien (si j’ose appeler le PDG, ancien régime), puisqu’en réalité, il n’y a jamais eu de rupture ! Les Guinéens, surtout nous les jeunes, avons un besoin ardent de comprendre l’histoire de notre pays, et l’exercice que chacun a fait de la parcelle de responsabilité et de pouvoir qui lui ont été confiés. Vivement un débat, une commission de vérité et réconciliation ou un procès juste et équitable. Que chacun y réfléchisse. On tranchera le moment venu.

     Ibrahima SAKOH, diplômé de droit international à l’Université de Genève Email : ikalil2002@yahoo.fr

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  • LA POUDRE AUX YEUX

     L’insolence de la richesse des privilégiés du système de gouvernance dans notre pays, constitue la pierre angulaire des causes légitimes de frustration de la population, dont la précarité des conditions de vie ne cesse d’aller crescendo, à cause de l’iniquité manifeste dans la répartition des ressources de la nation. Le plus détonnant, c’est le rythme de croissance des avoirs de ces nantis, qui pour la plupart profitent impunément, des faiblesses des mécanismes de gestion financière, dés lors qu’ils mettent le pieds dans l’étrier et s’embourbent dans l’engrenage qui érige en pratique courante et généralisée, le détournement des maigres avoirs de l’état à leurs profits personnels, en s’abritant derrière leurs positions temporaires, de détenteurs d’une quelconque parcelle d’autorité publique, qu’ils croient éternelle.. En effet, en considération de la faiblesse du pouvoir d’achat en guinée, résultant du bas niveau des barèmes de la grille salariale et paradoxalement de la flambée des prix sur le marché, les travailleurs guinéens qui ont l’honnête insigne de vivre à la sueur de leurs fronts, des maigres revenus de leurs activités, ont des difficultés incommensurables à joindre les deux bouts, pour mener une vie décente débarrassée des soucis du quotidien. Pendant ce temps, le gouvernement par des techniques de marketing politique, cherche à consolider sa notoriété publique, en mettant en marche une véritable stratégie de communication, à coup de gadgets et de politiques spectacles, dont les objectifs inavoués mais perceptibles, visent sans ambages un positionnement dans la perspective des prochaines élections présidentielles.Pense-t-on que nous ne sommes dans un royaume d’aveugles pour que les borgnes deviennent rois ? Il ne faut pas se leurrer, on a que trop souffert pour ne plus être des néophytes, malléables et corvéables à merci. Dans cet exercice périlleux, ces prétendants au pouvoir suprême, ne lésinent pas sur les moyens et font preuve d’imaginations et d’initiatives plus promptes les unes que les autres, à chaque fois que l’occasion s’y prête, afin de marquer les esprits les plus vulnérables, par des interventions plus spectaculaires qu’efficaces, tentant ainsi de prouver une certaine réactivité bienveillante à chaud, face aux évènements contextuels pour les moins tragiques. Quand les populations crient famine, le gouvernement dit de bonne foi, importe du riz pour soit-disant, casser les prix pratiqués sur le marché, dont les mécanismes de régulation dépendent de la conjoncture internationale, plutôt que des opérateurs économiques qu’on cherche à diaboliser dans leurs droits naturels, à tirer profit de leurs activités commerciales avec les exigences de rentabilité que cela implique. .Et quand pour des causes de catastrophes naturelles, la grogne se fait entendre de la part des sinistrés, on ravitaille comme par enchantement, en denrées de première nécessité les ayant-besoin, pour soulager leur traumatisme et tempérer du coup les ardeurs des plus septiques.Au demeurant, quelle noble attitude si ce n’est une façon de croire ironiquement que, ventres pleins, les guinéens sont contents. A l’image de l’époque révolutionnaire, l’assistanat public, joue sur la corde sensible de la populace. Et dans ce dessein, l’on fait valoir le principe selon lequel, la fin justifie les moyens. Mais dans le cas de figure, on serait tenté de se poser la question de savoir quelles sont les réelles motivations de nos dirigeants et quels objectifs se sont-ils assignés pour soulager la misère qui nous gangrène, car c’aurait était le cas, on aurait indéniablement besoin d’entreprendre des actions constantes, susceptibles d’apporter des solutions pérennes et non des coups de bluff, pour des publicités à la gloire d’individus, aussi hauts placés qu’ils soient. L’adage ne dit-il pas qu’au lieu de donner du poisson tous les jours à ton prochain, apprends –lui à pêche ? Dans cette optique, c’est la libéralisation des initiatives et la création de conditions de leurs mises en oeuvre, dans un contexte de concertation et de responsabilisation qui s’imposent. Actuellement, il n’y’ a fort malheureusement pas de raisons de baisser les bras, car la place est toujours faite belle à l’amateurisme et à la gabegie, dans une stratégie d’influence négative, dont l’attrait et la pertinence sur l’électorat n’est ni à espérer, ni à souhaiter. Cette attitude est dépourvue de bon sens, car après les comités de soutien au premier ministre qui ont été tant décriés, on nous parle maintenant de comité de soutien aux actions du gouvernement, qui s’érige en porte-parole et surtout en défenseur tout azimut des intérêts de celui-ci.Un aveu de faiblesse de plus, car quand on a conscience de nos bienfaits, on a nullement besoin de les imposer par de pareilles maladroites manœuvres. Le mérite d’une action politique en démocratie, se reconnaît par les urnes par la confiance ou le renouvellement de cette confiance, de la part des électeurs, dont les motivations doivent être guidées par la connaissance empirique des problèmes sociétaux et les réponses apportées par les dirigeants. Ce faisant, on ne peut accorder de crédit à tout ce qui se dit comités de soutien, du moment que leur création n’est régie par aucun texte institutionnel et/ou réglementaire et mieux, le financement de leurs activités on le devine, est assuré par l’argent du contribuable, les mettant ainsi à la solde du pouvoir, dont ils s’empressent de vanter les mérites, tout en passant sous silence les déboires les plus notoires. Mais heureusement, l’éveil de la conscience politique des guinéens est devenue une réalité tangible avec laquelle, il faille désormais compter parce qu’elle s’inspire des réalités contemporaines, dans un contexte de mondialisation et de démocratisation des idées.

     BAYO Abidine

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  • Sans titre

    LA LIBERTE D'EXPRESSION DAANS UNE SOCIETE DEMOCRATIQUE OU LE DROIT DE REPANDRE LA PESTE SUR SES CONCITOYENS: Pour aborder cette question qui suscite les débats tant dans les sociétés occidentales (histoires des caricatures du Prophète Mohammad en 2006 PSL) que dans les « nouvelles démocratie », nous allons essayer de saisir dans un premier temps la portée de la liberté d’expression (I), puis dans une deuxième partie situer les limites de cette liberté (II) qui se transforme parfois en « liberticide » ou en abus de droit dans la société guinéenne, et, en fin exposer le régime juridique des restrictions (III) I. La portée de la liberté d’expression Au prime abord, il faut le signaler qu’à défaut de l’accessibilité et/ou du manque d’une jurisprudence guinéenne en la matière, nous allons essayer d’utiliser d’autres arrêts des autres juridictions, comme la Cour européenne des droits de l’homme, qui se trouve la meilleure juridiction en matière des droits de l’homme sur la planète. Toutefois, avant de faire référence à certaines jurisprudences de la cour de Strasbourg, essayons de cerner la liberté d’expression. Selon le Professeur Frédéric Sudre, agrégé des Facultés de droit, la liberté d’expression est « l’un des droits les plus précieux de l’homme ». Cette liberté est en soi un droit, elle est aussi, d’une part indispensable pour la jouissance d’autres droits tels la libertéd’association, de réunion, le droit à des élections périodiques, libres et transparentes au suffrage universel, mais, d’autre part, cette liberté d’expression est aussi dommageable ou préjudiciable pour d’autres droits, en l’occurrence le droit au respect de la vie privée et familiale ou en encore la liberté religieuse. Par ailleurs, la liberté d’expression renferme plusieurs libertés. Ce droit implique, d’une part, la liberté d’opinion (§1), et, d’autre part, la liberté d’information (§ 2) § 1. La liberté d’opinion Article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) ; art. 9.2 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) ; art. 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), art 7.1 de la Constitution guinéenne du 23 décembre 1990, révisée par le Décret D/ 2002/48/PRG/SGG du 15 mai 2002 promulguant la Loi constitutionnelle adoptée par referendum du 11 novembre 2001 . La liberté d’opinion est à la base de la consécration de la liberté d’expression qui se manifeste par certaines valeurs démocratiques : la tolérance, le pluralisme, l’esprit d’ouverture. C’est cette liberté qui se recoupe par la célèbre formule juridique « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions… » , qu’elles soient philosophiques, morales, religieuses, politiques, etc. Il faut le préciser que cette liberté d’opinion est garantie même aux détenus. Voir la Cour EDH dans son arrêt Yankoc contre la Bulgarie du 11 avril 2003. §. 2. La liberté d’information La liberté d’information à l’image de sa sœur (liberté d’opinion) est aussi garantie par le droit international des droits de l’homme (DIDH), mais aussi par tous les textes constitutionnels des Etats « démocratiques ». Il en est ainsi de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) ; de l’art 9.1 de la CADHP, de l’art 10 de la CEDH, de l’art 7.2 et 7.3 de la Constitution guinéenne (suprra). En effet, la liberté d’information dépasse les discours politiques, philosophiques, religieux..). Du reste, cette liberté à son tour comporte deux (2) sous ensembles. Nous avons la liberté de recevoir les informations et idées et non le droit de rechercher les informations ! (autre sujet), et la liberté de les communiquer. En d’autres termes, par exemple, la liberté pour le citoyen (le public) de recevoir les informations, et la liberté pour le journaliste de communiquer les informations. Cependant, qu’est ce que l’on attend par la notion d’information ? La notion d’information recoupe les nouvelles, les questions qui donnent lieu à un débat public par les moyens de la presses écrite (journaux imprimés sur papier), de la presse orale (radio, télévision), presse électronique (site web d’information), aussi par les moyens publicitaires, artistiques, cinématographique, etc. Certes, la liberté d’expression est qualifiée de droit démocratique d’une importance capitale, ou « l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun », selon la formule de la Cour EDH dans sa décision Muller et al. contre la Suisse du 24 mai 1988, mais cette liberté ne pourrait s’exercer sans des limites. II. Les limites de la liberté d’expression Aujourd’hui, à lire certains journaux guinéens, certains sites d’information électronique spécialisés sur la République de Guinée, nous constatons avec amertume que les « ennemis » de la démocratie, de la liberté d’expression, qui pensent que leurs actions n’ont aucune borne, comme si on était dans une jungle, où chacun était un loup pour chacun, et où chacun se défendait, s’exprimait comme il le veut, et comme il le peut. Et, ce qui est grave, ce sont des intellectuels cadres d’aujourd’hui ou de demain qui s’expriment ainsi pour mettre le feu dans la maison commune « la République de Guinée », invectivent leurs adversaires d’idées politiques, ou tout simplement ceux qui ne pensent, ne réfléchissent pas comme eux ou ne partagent simplement pas leur façon de concevoir la res publica. Sur ce, les ennemis de la liberté d’expression en s’exprimant ainsi ne donnent-ils pas ainsi le pouvoir aux dirigeants autoritaires de vider la liberté d’expression de son contenu ? Est ce qu’on a besoin d’insulter son prochain, de s’acharner sur sa personnalité, de l’atteindre dans sa vie privée et familiale, ou encore de tenir des propos racistes, ethniques, régionalistes, diffamatoires et haineux sous prétexte que l’on est libre de s’exprimer et faire passer ses idées ? À mon avis, je ne partage point la démarche de ces catégories de personnes qui se font remarquer dans un amateurisme dans les écrits, et par les comportements d’un journaliste, ou d’un intellectuel qui se dit connaisseurs des maux qui gangrènent la société guinéenne. III. Le régime juridique des restrictions Au demeurant, il y a trois (3) possibilités ou trois (3) causes de restrictions Une restriction pour la protection de l’intérêt général ; Une restriction pour la protection d’autres droits individuels ; Une restriction pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. On lit dans les journaux guinéens, sur les sites guinéens tels marchent avec les couches par ce qu’il est gay (homosexuel), ou telle est lesbienne (on doit limiter la liberté de ces personnes pour la protection des droits d’autrui) ; ou c’est des discours ethniques et des discours ethniques, ou d’incitation à la haine ( on doit limiter la liberté d’expression de ces gens pour la protection de l’intérêt général). Ce qui est malheureux dans tout ça, ce ne sont pas des petits cordonniers, pêcheurs…, mais des personnes qui ont un certain bagage intellectuel et/ou une certaine culture. Cependant, l’on est pas étonné de ces comportements, car il y a un proverbe Soussou qui dit : qu’il y a l’école du monde académique et il y a l’école de la vie. Avant j’étais l’un des guinéens qui passaient la plus grande partie de son temps à lire les sites guinéens, mais aujourd’hui je lis peu compte tenu de certains articles qui inondent les sites web. Quand je navigue sur un site d’information guinéen, je cherche à savoir l’auteur de l’article, car j’ai répertorié un groupe de personnes qui font d’excellentes analyses constructives, et, j’ai aussi pointé le doigt à certains personnes qui sont pour moi les ennemis de la démocratie et de la liberté d’expression. Entre parenthèse, moi j’ai fait les études de droit, d’administration publique et de droit de l’homme pour défendre certaines valeurs d’une société qui tend vers la démocratie, car la démocratie est un idéal, il n’est jamais atteint, nous sommes toujours dans un processus d’apprentissage, d’amélioration et de perfection, mais il y a des sociétés plus « démocratiques » que d’autres. Cependant, ce que je ne pourrais pas partager, c’est être aveuglé par la démocratie, les droits de l’homme, pendant que vous qui criez haut et fort ces valeurs, vous êtes les premiers à les piétiner et à les transgresser. En ce qui concerne le régime juridique de limitation des droits et libertés, la mesure restrictive ou limitative doit répondre à la célèbre triple condition cumulative classique: 1. La restriction doit être prévue par la loi : condition de légalité : une loi au sens matérielle, accessible et claire 2. La restriction doit viser un but légitime : par exemple protection de la morale, protection des droits d’autrui, protection de la santé publique, de la sécurité publique, etc 3. La restriction doit être proportionnelle et nécessaire dans une « société démocratique ». Il faut qu’il ait un équilibre entre tous les intérêts en cause. Autrement, un équilibre entre les moyens employés et le but visé par la mesure de restriction. Toutes les libertés et droits ont des bornes, et ils doivent être restreint. En revanche, il y a des droits qui sont non dérogeables ou intangibles, et ni restrictifs. Il en est ainsi du droit à ne par être soumis à la torture et des mauvais traitements, Le droit à ne par être réduit en esclavage, le droit à la vie, la non rétroactivité de la loi pénale, non bis in idem, etc. Les juristes nomment ces droits intangibles de « noyau dur » des droits de l’homme. Mais il faut le dire que ce noyau dur des droits de l’homme dépend d’un système juridique à l’autre, mais certains droits sont intangibles dans tous les systèmes juridiques. Pour une petite précision, la restriction est différente de la dérogation. Une restriction aux droits de l’homme est une limite à la jouissance ou à l’exercice d’un droit. Et, par contre une dérogation est une suspension temporaire, épisodique ou passager frappant une catégorie des droits humains compte tenu de certaines circonstances, en deux mots : c’est la « violation autorisée » dans les circonstances exceptionnelles.

    Touré Ibrahima Sory, écrivain, spécialiste en droit de l’homme

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  • SEKOU TOURE QUAND LES DEPASSIONNES SE MELENT DU DEBAT

     Fidèle à ma ligne de conduite, je choisis ce moment de répit dans ce débat pour apporter un point de vue sur ce sujet déchaînant de nombreuses passions : Sékou Touré. Ce texte est un cri d'alerte d’un citoyen en quête de savoir mais embrouillé par les versions circulant sur le net, le terrain et l’assemblée nationale à propos du premier chef d’Etat. En effet, les passionnés l’héroïsent aveuglement tandis que les détracteurs le diabolisent amèrement. Comment se retrouver entre ces polarisés ? Les jeunes de ma génération qui n’ont pas connu réellement la vie sous l’ère Sékou Touré, s’informent à travers des œuvres écrites et les témoignages des personnes plus mûres ayant vécu pendant cette première République. Mais force est de reconnaître que la mauvaise foi ambiante des conteurs, nous obscurcit au lieu de nous éclairer. Les versions pullulent et divergent. Ce débat, au lieu d’être instructif, tourne généralement à la désinformation. Encore une fois, l’ethnie s’immisce entre les parties. En gros : les rares personnes qui glorifient le dictateur sont généralement de la même ethnie que lui, et ceux qui ne le ménagent point, ne sont pas de son ethnie. Quelle place est donnée à l’objectivité ? A qui doit-on se fier ? Quand on se réfère aux manuels, l’accent est mis sur le fait que Sékou Touré est devenu paranoïaque après que son pays ait subi maints assauts avérés de déstabilisation commandités par la France du général De Gaulle. Cet état d’esprit faisait que le premier Président n’hésitait plus à emprisonner et à faire tuer les personnes qui étaient en désaccord, ne serait-ce qu’idéologique, avec lui. Ainsi, ses bonnes actions, s’il y en avait eu, sont forcément renvoyées dans les ténèbres et l’histoire et c’est normal. A l’image de la Guinée, d’autres pays d’Afrique ont été dirigés par des dictateurs. Pour autant, dans ces pays là, les débats ne sont pas si controversés que ça. Prenons le cas de Félix Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire. Rares sont les ivoiriens qui s’opposent à la célébration des différents évènements concernant ce dernier. Sa mort ne fut suivie d’aucune liesse populaire. Les ivoiriens, dans une grande majorité regrettent la période Houphouët. Le 7 décembre est la date retenue par les ivoiriens pour la commémoration de leur « héros ». Contrairement au peuple ivoirien, la grande majorité des guinéens ne partagent pas cette reconnaissance envers leur premier dirigeant. En témoignent les nombreuses festivités qui ont accueilli la venue du Comité militaire du redressement national (CMRN). Aussi, les nombreux guinéens qui ont déserté le pays durant l’époque Sékou Touré, ne l’ont pas fait par aventurisme. A un moment donné de son règne, l’homme tyrannisait son peuple et là-dessus on doit être tous d’accord. Cependant, un certain nombre de questions doivent chagriner les contradicteurs. Doit-on célébrer Sékou Touré parce qu’il a préféré pour son peuple « la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ? » Le fait que la promotion 2007 de l’université de Conakry ait porté le nom Sékou Touré, sans que cela n’ait fait grand bruit, est-ce le signe que le peuple a approuvé ou est-ce simplement une manipulation de la jeunesse étudiante ? Pourquoi les Maliens célèbrent ce personnage ? Est-ce une insulte ou un hommage au peuple de Guinée ? Le temps panse les blessures, mais celles faites par Sékou à son peuple paraissent si immenses, que l’on peut se demander si le temps jouera un jour en sa faveur. Si certains meurent d’envie de le célébrer aujourd’hui en Guinée, on pourrait déduire que d’autres passionnés de cette actuelle deuxième République voudront célébrer le dictateur Conté demain. Alors que ce dernier n’a pas hésité à massacrer, récemment, des jeunes gens qui s’étaient levés contre sa dictature. Méditons là-dessus ! Quoi qu’il en soit, toutes les pages de notre histoire doivent nous être contées. Les émotions et les oeillères doivent être mises de côté afin que nous puissions extirper du débat, le vrai du faux, le faux du vrai. Ainsi les jeunes de Guinée pourront véritablement connaître leur histoire. Cependant l’ardente obligation doit être de rendre hommage à toutes les personnes innocentes qui ont été tuées. Les familles injustement endeuillées doivent recevoir le pardon de la République. L’Etat guinéen doit reconnaître ses erreurs, doit honorer la mémoire des innocents disparus, doit dédommager les familles endeuillées, doit faire des jugements, post mortem, s’il le faut. C’est un préalable indispensable à toute réconciliation sereine. Je reste convaincu que l’Etat, qui devra nous réconcilier avec nous mêmes, ne doit pas être celui piloté par Lansana & Lansana. Cette République des illuminés ne peut pas soigner les plaies qu’elle continue volontairement d’infecter pour préserver ses privilèges. Chaque chose a sa place, chaque chose a son temps. Le jour où nous allons nous défaire de ces boulets, notre marche vers un destin commun sera effective. Puisse des historiens, éclairer la lanterne des jeunes de Guinée.

     Koumbassa Alassane

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