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  • Le CNDD et les élections : l’équation Lansana Kouyaté

    J’ai déjà évoqué ici les risques de désordre que pourrait représenter cette nouvelle irruption des militaires dans l’arène politique en Guinée. J’ai aussi écrit qu’à mon avis, il n'y a pas d'alternative aux mouvements syndicaux, aux partis politiques et la société civile.

    Cela dit, peut on vraiment réussir à maintenir durablement, la cohésion des forces vives, quand on sait que les intérêts des uns desservent forcément ceux des autres ?

    Rien n’est moins sûr !

    C’est qui est certain, c’est que dans sa stratégie de confiscation du pouvoir, la junte ne manquera pas d’en tenir compte et surfer là-dessus, s’il le faut.

    Je pense que dans la posture qui est actuellement la leur, les militaires sont déterminés à nous imposer leur vision de la transition. Et cette vision, de mon point de vue, se résume comme suit : conduire la transition et l’après transition

    L’on me rétorquera avec cet optimisme presqu’enfantin, propre à la plupart de nos compatriotes, que « rien ne sera plus comment avant » ; qu’avec les élections en perspective, Dadis et sa clique n’auront aucune chance, etc. Un point de vue que j’aurai partagé volontiers, si un remodelage du paysage politique en Guinée n’était pas en cours. Un bouleversement rendu inévitable suite à la conviction acquise par les militaires, que la classe politique, telle qu’elle est actuellement composée, n‘est pas prête à négocier la question de leur départ du pouvoir.

    Qu’on le dise donc ou pas, avec le boycotte du 22 juin, le divorce entre la junte militaire et les grandes formations politiques semble désormais consommé.

    A mon avis, deux options pourraient tenter la junte pour garder le pouvoir :

    Dans un premier temps, ils pourront chercher à gagner du temps, en repoussant les échéances électorales, tout et entretenant un climat de psychose au sein d’une population déjà traumatisée par plusieurs années de guerres civiles chez ses voisins de la sous-région. La stratégie vise évidemment, à faire admettre aux populations, l’éventualité d’une candidature et d’une victoire de Dadis lors des prochaines élections présidentielles, pour éviter une guerre civile dans leur pays. On se souvient encore du vote massif des Libériens en faveur de leur bourreau (Charles Tylor), pour mettre fin à une décennie de carnage !

    Si cette hypothèse paraît peu probable aujourd’hui, en raison des pressions exercées, essentiellement par nos partenaires au développement, rien ne permet cependant d’exclure le fait qu’elle ait pu, à un moment donné, faire partie de leur stratégie de confiscation du pouvoir. La fébrilité et l’incohérence qui a jusqu’ici caractérisé leur gestion du pouvoir, en sont une illustration parfaite.

    Pris de court par la stratégie de boycotte, c’est à contrecœur que Dadis a accepté « un cadre de concertation » autre que celui où il pouvait se forger l’image d’un leader politique, grâce à la manipulation de figurants payés pour la circonstance et l’humiliation publique d’éventuels « concurrents ».

    Toutefois, en lui opposant une fin de non recevoir, les forces vives venaient d’ouvrir les « hostilités » avec des soldats qui viennent juste de se découvrir un destin national et qui ont décidé de s’y accrocher, vaille que vaille ! Dans ces conditions, inutile de dire que pour la junte désormais, tous les coups seront permis, pour éliminer des « ingrats» et cela, quelque soit leur obédience.

    L’appel d’offre lancé pour auditer les vingt quatre années du régime défunt, en constitue la première étape.

    Nos compatriotes doivent savoir que ce qui apparait comme un retour à de meilleurs sentiments de la part de Dadis, n’est qu’une manœuvre visant à « reculer pour mieux sauter ». Qui peut en effet, sérieusement accorder du crédit à ce revirement du président du CNDD au Camp Alpha Yaya en l’espace d’une semaine ? Serait-il devenu posé, sage et attentifs à l’appel des forces vives et de la communauté internationale ? Aurait-il vraiment renoncé au pouvoir ?

    Peut être ! Mais alors, il lui revient de le prouver. Pour ma part, par scepticisme peut être ou par prudence, je maintien que la junte n’a nullement l’intention de remettre le pouvoir aux civils en Guinée. Et que si, elle ne réussissait pas sa première forfaiture en présentant Dadis (devenu civil pour la circonstance) comme candidat, la junte pourrait passer au « plan B ».

    Ce qui m’amène à considérer un second cas de figure. C’est celui où Dadis et ses compagnons accepteront d’organiser les élections législatives d’ici la fin de cette année 2009 et les présidentielles, courant 2010. Avec les derniers développements de la situation politique en Guinée, cette hypothèse semble de plus en plus probable. A priori, c’est un cas de figure acceptable. Car permettant au moins, une relance des activités politiques dans une complétion que je souhaite « civilisée », entendez, entre civils !

    Toutefois, prudence chers compatriotes ! Il m’est difficile de croire que Dadis ait pu renoncer au pouvoir  pour lequel il croit avoir été choisi par Dieu, pour conduire le peuple de Guinée « vers la terre promise ». N’est-ce pas qu’il s’appel « Moise » ?

    Ce qui est certain, c’est que, non content du harcèlement dont il s’estime être l’objet, Dadis risque de nous présenter, en guise de désapprobation, une facture plutôt « salée ». Car s’il y a une chose qui est aussi « guinéen », c’est bien cette mentalité qui consiste à dire : «  Ok ! Tu ne veux pas que je devienne chefs ! Tu ne le seras pas non plus ! ».

    Dès lors, l’hypothèse d’un « homme de paille » devient envisageable. Dans cette dernière, la junte, après d’intenses pressions, acceptera, l’idée d’un candidat civil non issu de l‘armée. Il n’est pas difficile de deviner que ce dernier sera, néanmoins, son « civil » à elle. Pour s’assurer de son obéissance, il ne tirera pas sa légitimité d’élections justes et transparentes. Sa posture devra être celle de quelqu’un qui devra obéissance et reconnaissance envers son bienfaiteur.

    En tout état de cause, les militaires s’assureront de sa soumission et de son manque d’ambition. Leur civil à eux, devra correspondre au profil de quelqu’un qui se contentera de facilités qu’offre le poste de président de la République, pour enrichir éventuellement son « carnet d’adresse », fréquenter les grands de ce monde et bien entendu, s’enrichir ! Il devra avoir pour mission si non de désagréger mais d’affaiblir ce qui, à leurs yeux, se fait pompeusement appeler aujourd’hui « les forces vives ». Bref, le prochain président de la République de Guinée, s’il n’est pas issu de leurs rangs, sera  au moins leur marionnette. On s’imagine d’ailleurs mal, que le civil en faveur duquel les élections seront truquées, se comporter autrement.

    La réponse à la question de savoir qui correspond le mieux à ce profil, et, où le dénicher, ne devrait pas être difficile. Car on trouve dans le paysage politique actuel, trois catégories de leaders :

    -    Ceux qui ont une base électorale réelle et qui s’appuient sur la cohésion entre les forces vives pour obtenir la tenue immédiate des élections (trois ou quatre formations politiques, tout au plus)

     

    -     Ceux dont les formations politiques ont été frappées par une hémorragie de leurs militants et cadres au profit d’autres, (deux ou trois, tout au plus)

    Ceux enfin, nouvellement venus au devant de formations politiques sans base électorale réelle, mais qui cherchent, soit à gagner du temps pour s’en créer une, soit, dans le jeu des alliances, à se vendre au mieux offrant. (plus de 70 formations politiques sont dans ce lot).

    L’on me dira que ce serait une aberration de qualifier ces derniers de « formations politiques », d’autant que leurs sympathisants se limitent aux membres de leurs familles respectives et aux amis ! Ce qui est vrai. Mais peu importe leurs poids réel. C’est leur nombre qui présente un intérêt. Car dans un pays où la communauté internationale se demande désespéramment, comment arriver à enclencher, ne serait-ce qu’un semblant de démocratie, la caution apportée par une cinquantaine de petits partis, pourrait atténuer les condamnations d’élections truquées.

    Reste à savoir autour de qui fédérer ces petits partis. Là aussi, la junte n’aura aucune difficulté à trouver son « civil ». Certains leaders s’y attèlent déjà. Je pense notamment à l’ancien PM. Lansana Kouyaté. En animal politique, il semble être celui qui a compris que les militaires, même s’ils n’ont confiance en personne, ne pourront se passer des partis politiques, même de petite taille. En prélude à une éventuelle cooptation, il a cherché à se faire entourer de 17 autres partis qui pourraient lui servir de pépinière. Et, il n’est pas exclu que d’autres comme l’UPR ou encore l’UDG de Mamadou Sylla (chacun pour des raisons qui lui seront propres) et tant d’autres, le rejoignent sous certaines conditions.

    Cet homme risque de toute évidence, d’affaiblir considérablement les forces vives qui, il ne faut pas se leurrer sont tout, sauf homogènes. C’est en fait un « panier à crabe ». Lansana Kouyaté n’aura aucune difficulté à créer des alliances susceptibles de semer la pagaille au sein des forces vives. Cela est d’autant plus vrai, que l’ancien PM n’a rien à gagner dans une situation où les grandes formations politiques se sont déjà taillées la part du lion. D’autre part, dans cette constellation, certains partis n’hésiteront pas à s’attirer les faveurs du pouvoir en place, soit pour regeler des comptes avec des partis rivaux, soit pour stopper de fréquentes désertions au sein de leurs partis.

    C’est dire que, si l’on ajoute au profil décrit plus haut, le sens de l’opportunisme  de M. L. Kouyaté, et bien, on peut dire sans exagération qu’il n’est pas loin du portrait robot du « civil » que les militaires pourraient bien être tenté de coopter. Une situation qui bouleversera à coup sûr un paysage politique ennuyeux et peu dynamique.

    Ce bouleversement sera-t-il le point de départ du changement tant souhaité ?

    Nul ne peut répondre avec certitude. Ce qui est certain, c’est que sans la cohésion entre les forces politiques et sociales, le renvoi des militaires dans les casernes et l’avènement d’un régime civil, démocratiquement élu, resteront une chimère.

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  • Dadis veut-il régler des comptes à travers les audits ?

    Depuis que certains leaders politiques ont décidé de serrer l’étau autour de Moussa Dadis Camara pour la tenue impérative des élections en 2009, la réplique du chef de la junte au pouvoir depuis décembre 2008, ne s’est pas fait attendre : les audits viennent d’être diligentés par les autorités militaires pour faire la lumière sur les 24 années de gestion calamiteuse de la deuxième République.

    Il est vrai, et personne ne le conteste, que ces années de gestion ont été destructrices pour l’économie guinéenne et des individus en ont profité pour mettre leur famille à l’abri du besoin pour plusieurs années au détriment de nombreuses autres familles qui peinent à trouver le pain quotidien. Fixer la responsabilité de chacun dans les 24 années de mauvaise gouvernance de Lansana Conté plus les 6 mois de mauvaise gestion de Moussa Dadis Camara, c’est dissuader les prochains gouvernants d’abuser des biens publics et améliorer notre système de gestion des deniers publiques pour le bonheur de la majorité des enfants de Guinée.

    Cependant, une question taraude les esprits : pourquoi ces audits sont commandités sept mois après la prise du pouvoir par l'armée ? Est-ce au CNDD d'accomplir aujourd’hui ce travail laborieux qui prendra certainement beaucoup de temps ?   En effet, si le CNDD et en particulier Moussa Dadis CAMARA respectent leurs engagements c'est-à-dire rendre le pouvoir avant 2010, le résultat des audits ainsi mené sera certainement livré au quatrième Président de la République de Guinée. Or, pour le commun des observateurs, si la junte a décidé de lancer des audits c’est parce qu’elle veut utiliser les conclusions à son avantage. La chasse aux sorcières risque d’être la finalité de ces audits même si ce sont les cabinets internationaux qui en assureront la conduite.

    Dadis, de plus en plus probable candidat aux futures élections présidentielles, voudrait-il utiliser ses audits pour écarter les éventuels aspirants au pouvoir qui vont lui donner du fil à retorde ? L’avenir nous en dira certainement plus.

    Aujourd’hui, la priorité du CNDD doit être de mettre les outils nécessaires en place afin que la transition soit brève, car les acteurs en présence sur le terrain ont suffisamment démontré leur incapacité et Dadis l’"hyper président" est hyper inefficace et sa place se trouve dans une caserne militaire à l'image de ses "amis" du CNDD.

    Si la junte veut mener des actions pour mettre « fin à l’impunité ambiante » comme le stipulait le communiqué qui annonçait les audits, alors les crimes de sang, symbole de l’impunité en Guinée à l'instar des crimes économiques, doivent être élucidés. Pourquoi ne pas autoriser incessamment la mise en place d'une commission d’enquête indépendante sur les massacres de Janvier et Février 2007 ?

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  • Dadis cherche un prétexte pour rester au pouvoir ! e lui donnerait-on?

    Je me demande si ceux qui applaudissent Dadis se rendent ils comptent que, sous  le brouillard de ses comédies télévisées, couvent lesœufs de la  tragédie dont l’éclosion sera synonyme du retour au césarisme militaire? C’est regrettable qu’en Guinée, certaines personnes malgré leur intellect, ne comprennent toujours pas que ce pays, béni par un sol et un sous sol immensément riche, choyée par des conditions édaphiques et climatiques assez favorables, ne peut se développer sous un régime militaire qui ne favorise point le dialogue politique inclusif. Pourtant, il ne suffit que de peu de lucidité pour savoir que, parmi l’éventail des facteurs ayant contribué à la stagnation et même à l’involution de notre maigre économie, celui dit politique est de loin le plus incriminable. Chacun sait que le mode dictatorial de gestion de notre pays et de ses ressources, toujours de saison, ne peut mettre en valeur les potentialités économiques attribuées à une exceptionnelle clémence de la nature. A force  de réfléchir sur notre pitoyable situation, on finit par adhérer au fait qui suit.  Si notre pays n’a jusque là connu que des dictatures, c’est parce que ces types de régimes ont souvent été cautionnés par l’ensemble des forces vives du pays dont les politiciens en premier lieu.

    Le président Dasdis Camara, est aussi en train de se glisser insidieusement vers le même type de dictature qui a usé ses prédécesseurs. Il a un cercle d’alliés, qui s’agrandit de jour en jour. Celui-ci est prêt à le soutenir en toute occasion, non pas par amour pour sa personne, mais plutôt par souci de préservation de quelques minables rentes. C’est pourquoi, lorsque qu’il  se contredit à tout bout de champs ou abuse de ses pouvoirs, ces souteneurs opportunistes et indélicats l’ovationnent sans scrupule, pensant sans doute que leur comportement égocentrique demeurera insoupçonné. Pourtant, leur stratagème, sordide et inspiré, n’est autre que de supporter le chef suprême du moment, le temps de s’approprier illicitement des biens de l’Etat, et puis de le pourfendre plus tard, lorsqu’ il ne sera plus aux affaires, en prenant bien soin de nier toute coresponsabilité dans le naufrage politico-économique qu’il aura causé. Heureusement que nous sommes habitués à ce genre de négation, toujours faite par inconscience ou  malhonnêteté intellectuelle.

    Concevons aujourd’hui que le grand drame en Guinée est que nous aimons nous apitoyer ou nous morfondre sur notre sort, cependant que nous manquons d’inverser le cours des événements malheureux qui circonscrivent notre vie, à chaque fois que l’occasion se présente. On semble ne point tirer des leçons de l’héritage catastrophique de nos précédents régimes. On est en train de fournir un autre prétexte au capitaine Dadis Camara de s’éterniser au pouvoir,  au mépris des termes de son premier discours. Et ceux qui lui font ce cadeau sont nos politiciens qui restent figés dans des stratégies périlleuses de quête de pouvoir, qui cautionnent l’idée des votes ethniques massifs.

    Nous devrions savoir que si Dadis est chaud de tempérament, il n’est pas bête. Il sait au moins que le silence et l’inaction devant  l’émergence des formations politiques à forte connotation ethnique a toujours été un facteur de tonification du régime de Conte. Il peut comme il le fait d’ailleurs, s’ériger contre nos leaders politiques, pour se maintenir au pouvoir en mettant le blâme sur eux.  Puisque pour lui, ils n’ont pas été assez prévenant pour faire preuve de grandes et véritables concessions ou ouvertures politiques parant à l’ethnisation foncière de leurs partis. Dadis sait qu’il ne peut s’en prendre à un pauvre ressortissant de Tountouroun, de Sogbela, de Tormelen ou de Kissidougou – qu’il considère comme victime -d’adhérer de bonne foi au « parti de mon parent ». Il réalise que les masses populaires à 80% illettrées voient à partir de la lumière qui leur est reflétée du sommet de leurs partis respectifs. Du temps de Conte déjà, cette donne aurait pu  être changée en se servant du problème pour résoudre le problème – c’est à dire le phénomène d’adhésion aux partis par identification à l’ethnie de leurs leaders. Si au sommet des partis politiques majeurs, les leaders avaient accepté de créer honnêtement et non par mesure de justification ou par maintien des apparences trompeuses, une direction sérieusement mixte, les électorats de nos parties auraient été aussi ethniquement très variés à la base, et cela aurait eu l’effet de dénier à Conte toute possibilité d’orchestrer des mascarades électorales en sa faveur . Car, si en réalité il a réussi ses holdups up électoraux durant tout son règne, c’est par ce qu’on lui en a donné la chance.

    Selon toute vraisemblance, Dadis est dans le sillage de son prédécesseur. Et nous lui donnons les raisons de continuer d’y rester. L’une des raisons qu’il cite lui-même comme facteur pouvant le conduire  à dévier de ses intentions initiales, est cette même ethnisation massive de nos partis politiques, qui pour lui fait office d’ethnocentrisme (à tord). Par ailleurs, ce raisonnement m’amène à traduire ici, au risque de me répéter, mes sentiments sur la question ethnique en Guinée. Celle-ci ne cesse en effet de picoter mes méninges depuis un certain temps. Notre pays se compose d’une mosaïque d’ethnies et de confessions, et cette double diversité à des particularités qui participent au renforcement du pacte de l’unité, scellé par nos ancêtres. Il s’agit entre autre, du très grand métissage biologique et culturel entre les différentes communautés de notre pays avec des paramètres culturels en partage, ayant permis de donner forme et substance à la vie de communauté et de promouvoir des acquis sociaux et moraux permanents, dont l’incessibilité ne souffre d’aucune incertitude. C’est ainsi que notre pays est reconnu ailleurs pour l’esprit de tolérance, de concession et d’hospitalité, du sens de la patrie, de l’honneur et de la dignité de ses populations. Ces valeurs communes semblent effacer toute barrière socioculturelle jadis source de conflagration intercommunautaire. Ainsi, la violence n’est guerre dans le sang du Guinéen. C’est pourquoi fort heureusement, nous n’avons jamais connu de conflit fratricide alors que les nations limitrophes ont souvent été embrasées par des guerres civiles. Et  j’ose espérer que Dieu nous épargnera une telle expérience macabre, ce malgré qu’au clair comme au noir, les tractations d’esprits malins se poursuivent dans le sens non désiré. Mais n’en déplaisent à ces derniers, les âmes éprises de paix savent que notre unité est aussi notre lumière, c’est elle qui éclairera le chemin de notre développement. Et a propos de lumiere, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais disait que le vent, qui éteint une lumière, allume un brasier.

    Qu’à cela ne tienne malheureusement, en Guinée, les valeurs communes qui nous unissent chez nous, sont compromises ou mises en péril à chaque fois que s’élève un dirigeant. A ce propos, un constat fait office de paradoxe. Le peuple doux, tolérant et hospitalier de Guinée, n’a souvent produit que des méchants loups pour le gérer, dans le charisme et le sadisme, l’égoïsme et le népotisme… Et aujourd’hui, je crains fort que Dadis qui commence à montrer des signes d’abus et de violence ne soit en train d’emboiter le pas à son prédécesseur au prétexte déjà cité. Si tel est vrai, il est en bonne place pour réussir. Et i n’y a qu’un seul moyen de l’empêcher de triompher. C’est de lui opposer  un désaveu total. Nous devrions donc  nous lever comme un seul, faire front commun contre le régime de Dadis comme nous l’avions fait contre celui de Conte, quand nous avions provoqué l’ouragan insurrectionnel qui a fait trembler son régime. De  passage, c’est le lieu de rendre hommage à nos illustres martyrs, tombés sous les traitres balles des mercenaires de feu General Lansana Conte. Cela dit, pour empêcher la montée en puissance du prochain despote tropical en Guinée, il faut s’unir, contre toute éventuelle velléité présidentielle qu’aurait Dadis ici et maintenant. Dans le cas échéant, nous aurions trahi notre nation, et aurions failli à notre devoir envers la postérité.

    En conclusion, je voudrais dire que notre unité dépendra aussi de nos leaders politiques, qui doivent accepter de revoir la composition de nos partis politiques majeurs jugés foncièrement mono –ethnique, de faire des coalitions honnêtes sous-tendues par des clauses compromissoires bien ficelées étant entendu qu’ils ne sont pas des «ethnos» comme certains malintentionnées l’ont laissé entendre.

     

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  • Guinée: Le futur de l'économie nationale

    Les gouvernements antérieurs n'ont pas été en mesure d'assurer une croissance durable, pendant qu’une vigoureuse politique pourrait être mise en œuvre pour transformer l’environnement économique.

    Avec une dotation compacte en ressources naturelles, le tableau récapitulatif de la performance économique de la Guinée est ahurissant. Les gouvernements antérieurs n'ont pas été en mesure d'assurer une croissance durable, pendant qu’une vigoureuse politique pourrait être mise en œuvre pour transformer l’environnement économique.

    Nos potentialités dans les domaines de l'agriculture et de l'exploitation minière, notamment la bauxite, le fer, de minerai, d'or et de diamants sont des atouts inestimables pour atteindre un niveau de développement essentiellement supérieur à celui de nos jours.

    Et pourtant si de bonnes initiatives de développement économique durable avaient été élaborées tout en luttant contre la corruption, la Guinée aurait dépassé son niveau actuel et même devancé des pays de la sous région Ouest Afrique, non exportateurs du pétrole.

    Malgré ces échecs, sous la conduite des autorités d’alors, la Guinée a mené une politique monétaire plus souple et mieux adaptée à la croissance, qui incluait fondamentalement une stratégie de réforme axée sur le développement du secteur privé et un ensemble de rigueur assurant la bonne gestion gouvernementale de l'économie nationale.

    Ces réformes nous ont permis d’être admis au programme des pays pauvres très endettés (PPTE) en Novembre 2000. Il y a lieu de reconnaitre les efforts déployés par l’ancien régime dans ce cadre.

    Selon les données statistiques de FMI, la croissance du PIB réel avait atteint le taux de 3,6% en 2001 alors qu’elle était environ 2,1% en 2000, soit une augmentation annuelle de 1,5%. Le taux d'inflation moyen a baissé à 5,4% en 2001, passant de 6,8% en 2000, soit une baisse annuelle de 1.4%.

    Certes la guidance d’une gestion gouvernementale solide, d’un contrôle interne efficace visant à rendre très représentative l’élaboration des budgets et le suivi des activités financières, plus la prudence de restriction de l’offre monétaire pour financer le déficit fiscal comme on le fait souvent constituent l’une des causes de succès de cette maitrise d’inflation y compris la production agricole dont l’effet a positivement influencé les prix des produits alimentaires.

    Un revirement spectaculaire a pris cours en 2003, où la performance économique s’est considérablement dégradée et a atteint un niveau qui est opposé à l'espoir de parvenir à la réduction de la pauvreté que nous ciblons.

    Malgré l’immense potentiel de développement dont est dotée la Guinée, elle a connu une crise économique caractérisée par un ralentissement de croissance, une forte hausse de l'inflation, des difficultés avec le paiement de sa dette, la restriction des financements extérieurs et d'une augmentation considérable de la pauvreté.

    Les causes sont bien connues : la mauvaise gestion macroéconomique, le manque de transparence dans la gestion des ressources, l'impunité encouragée et la corruption généralisée qui ont favorisé le détournement de fonds publics, les effets non négligeables de l'élection présidentielle tenue en décembre 2003, etc...

    Le taux de croissance économique passe de 4,2% en 2002 à 1.2% en 2003, une baisse remarquable de la croissance de 3%. De même les taux d’inflation varient de 5 à 14.8 en pourcentage. L’économie prend un souffle pour accroitre l’année suivante à 2,7% puis à 3,3% en 2005 pour recommencer la chute en 2006 autour de 2,2%. À la même année, le taux d’inflation s’élève à près de 35% et les revenues domestiques, une composante réelle du budget gouvernemental, passe de 14% à moins (1,3%) du PIB.

    En se saisissant de ces données macroéconomiques, nous nous rendons compte qu’il faut éliminer les politiques économiques tordues, assainir les finances publiques, éviter de fortes augmentations de la masse monétaire pour financer le déficit, lutter contre la corruption, renforcer le système d’information statistique pour une meilleure présentation et d’évaluation de la taille de notre déficit fiscal.

    Il y a toujours besoin d’accomplir des progrès significatifs dans les reformes structurelles notamment dans les domaines monétaires et de finances publiques. La prospérité de notre économie en dépend.

    Le mystère est que nos années de croissance n’ont pas eu assez d’impact remarquable sur le niveau de développement. Universellement une période de croissance conduit à un taux d’épargne raisonnable pour permettre de réels investissements dans les infrastructures telles que les routes, les hôpitaux, les écoles, l’énergie, l’adduction d’eau potable, les télécommunications, etc.…

    Mais non des projets fantômes irréalisables et des programmes fantaisistes ou imaginaires pour attribuer les fonds aux individus dépourvus de toute moralité saine. Les allocations des ressources sont, dans la plus part des cas, suspicieuses et beaucoup plus théoriques par rapport au plan officiel et malheureusement réelles par rapport au plan officieux.

    En conséquence, la capacité de fonctionnement correct des services publics diminue de période en période et tout cela constitue un ensemble de facteurs contrariant la réalisation du développement économique et social que nous visons.

    Avec une croissance remarquable comme indiquée ci haut, la Guinée pourrait au moins s’investir dans le domaine le plus important qui réside dans la planification du développement du secteur de l'énergie et d’eau potable dans la mesure où l'électrification contribue à la croissance économique elle-même, en soutenant les industriels, semi-industriel, commercial, activités agricoles,… bref tous les secteurs d’activités économiques.

    Il est facile, pour les agences de développement, de nous accompagner dans cet élan si le gouvernement élabore un plan ordinairement crédible en ayant réalisé des résultats économiques satisfaisants. On ne doit pas échouer là où nos voisins, moins riches que nous comme le Mali et le Burkina Faso, ont réussi.

    L’honnêteté et la sincérité des chefs, la lutte contre la corruption et l’impunité doivent devenir, même après le Président Dadis et le CNDD, inévitables pour assurer une gestion administrative plus efficace : la gouvernance économique et financière.

    En 2003, l'aide financière provenant usuellement des partenaires de développement comme le FMI, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, les membres du Club de Paris, etc.… a été suspendu en raison des mauvais résultats macroéconomiques et des irrégularités fiscales.

    Il faudrait maintenant exploiter des perspectives de développement et créer des conditions pour modifier le rythme de la croissance vers une plus grande stabilité macroéconomique comme celui qui avait conduit à l’obtention d'un nouvel accord triennal avec le FMI en décembre 2007.

    Par exemple on peut choisir le model approprié des pays en développement -c'est-à-dire- promouvoir un espace politique et institutionnel qui soutient la prospérité du secteur privé et qui le permet d'agir comme un véritable souffle de croissance.

    Le but est d’inciter l'activité du secteur privé qui est supposé créer de bons emplois intérieurement pour générer des revenus plus denses afin de constituer une rentabilité satisfaisante des biens vendus sur place.

    Nous avons assez appris de nos échecs et il est temps de concevoir un programme rigoureux et des mesures suffisamment efficaces pour établir les équilibres macroéconomiques visant le retour à une croissance durable, atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE, réduire la pauvreté et limiter les effets des chocs exogènes liés à la crise mondiale.

    Voilà nos défis. Ils sont réels et il nous faut de solutions réelles pour les aborder. Que le meilleur des candidats soit élu en décembre 2009 pour atteindre ces objectifs.

    Vive la Guinée

    Vive la jeunesse


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  • Où nous conduit le capitaine Dadis?

    Le 23 décembre 2008 était pour la majorité des guinéens l’occasion d’un nouveau départ même si des voix s’étaient élevées pour dénoncer cette "usurpation" de pouvoir par un certain Conseil national pour la démocratie et le développement. La deuxième République venait d’être enterrée par le CNDD. Les jours suivants allaient convaincre les filles et fils de Guinée  que le nouveau chapitre de l’histoire de Guinée qui commençait à être rédigé, allait être annonciateur d’un renouveau. Bien avant cet évènement,  les signes présageant de l’essoufflement  de la République que Lansana Conté dirigeait étaient nombreux : l’assemblée nationale était périmée, le gouvernement (celui de Souaré en l’occurrence) en perdition, une armée complètement incontrôlée, un Etat en décadence ... en somme, un pays malade qui  avait dépassé le stade de critique pour s’installer dans la phase durable d’agonie.

    Le 22 décembre 2008, le général cassa sa pipe et Moussa Dadis, par le gré des circonstances, s’installa au pouvoir et devient ainsi l’artisan d’un nouvel espoir. Le jeune capitaine de l’armée, sorti des méandres du système, a réussi son entrée en scène, aux premières heures du putsch. Malgré son appartenance à l’armée guinéenne qui a été le principal moteur d’assujettissement du peuple pendant la deuxième République,  le bénéfice du doute était accordé au leader du CNDD.

    Dadis était peut être l’un de ces rares soldats guinéens responsables et républicains. Avec sa ténacité, son intégrité, sa volonté et sa franchise, nous avons pensé que ce jeune capitaine allait mener à bon port le navire dont il avait pris par la force les commandes après l’annonce de la mort du Président Conté. Le nouvel homme fort du pays avait l’ardente volonté, en tout cas c’est ce qu’il nous a fait croire, de conduire le pays sur le chemin de la démocratie véritable. Commençait donc le démantèlement de l’ancien système : lutte contre le trafic de drogue, audits dans tous les secteurs stratégiques de l’état, ouverture des médias publics aux partis politiques, révision des contrats miniers…les chantiers sont lancés. La tâche était titanesque et Moussa Dadis en avait conscience. Sa vigilance était de rigueur. Mais aujourd’hui, il est clair que les acteurs de la deuxième République, responsables du malheur du peuple de Guinée, aient réussir leur reconversion avec le CNDD.

    Moussa Dadis a-t-il réellement la volonté d’en finir avec les pratiques du passé ? Avons-nous affaire à un imposteur qui nous a promis monts et merveilles dans le but de se faire apprécier  des Guinéens ? Le pouvoir a-t-il transformé le personnage et a fait naître en lui l’envie de s’y installer durablement? Tout porte à croire que c'est la dernière hypothèse qui est valable. Pittacos disait à juste titre : « pour connaître un mortel, donne lui du pouvoir »

    Malgré tout, Dadis demeure le principal artisan de la réussite de la transition et les acteurs politiques, plus généralement les forces vives de la nation doivent jouer un rôle de premier plan pour contraindre le président autoproclamé à réussir la transition et de facto, abandonner ses désirs de se cramponner au pouvoir. Les élections démocratiques libres, justes et transparentes doivent être aujourd’hui la priorité du CNDD.

    On ne peut se payer le luxe d’un échec après les trois rendez-vous ratés de 1958, 1984, et janvier-février 2007. L’attitude des forces vives doit être frontale mais constructive  et les acteurs politiques (les vrais) doivent s’affirmer pleinement. S’opposer à Dadis lorsqu’il dérape, c’est l’assurance même de faire éclater la bulle dans laquelle il s’est logé depuis un certain temps.  

    Des opportunistes qui se font appeler partis politiques, et qui pensent conquérir le pouvoir via cette attitude de complaisance vis-à-vis du chef de l’état se trompent monumentalement. Ces derniers n’ont rien compris à la politique et en faisant allégeance au CNDD, ils se font simplement  manipuler en croyant manipuler.

    Pour en revenir au chef de l’état, on se souvient que le lendemain de sa prise du pouvoir il avait fait un mémorable discours en présence des forces vives de la nation. Le capitaine demandait alors aux "politiciens" de venir lui proposer un "projet de société" et il assurait le peuple que lui et son CNDD allaient suivre leurs recommandations. Avant même que les acteurs politiques, qui pour une fois avaient accordé leur violon, lui fassent des propositions Dadis avait commencé à nommer des ministres, militaires pour certains d’entre eux, pour assurer la gestion du pays. Dans la foulée un premier ministre à qui il promet une réelle marge de manœuvre est nommé. Après moult tractations et une longue attente le gouvernement tant attendu est connu. A la surprise générale, le commandant en chef des forces armées, s’est taillé la part du lion dans ce gouvernement militaro-civil en intégrant ses amis militaires aux postes stratégiques. Le premier ministre est présent pour la forme. Le camp Alpha Yaya devient la forteresse de la République. Parole sacrée de Dadis, où es tu passée ?

    Aujourd’hui, plus que jamais la question est de savoir comment faire pour que cette transition aux allures romanesques ait une issue heureuse.

    Pendant ce temps, le peuple observe. Les guinéens ne sont pas dupes et Mr le Président autoproclamé, vous aurez intérêt à ne pas les pousser à bout.

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  • Réponses aux réactions au texte <>

    Ayant reçu sur sites et par courriel des réactions, je dois réitérer ce que j'avais déjà écrit en pareille circonstance. En effet j'estimeque si le temps le lui permet, un auteur doit prolonger les échanges avec ses lecteurs et, au besoin, apporter des compléments à son article. C'est ce que je vais faire en évitant d'être long. Je remercie donc les frères ci-dessous cités et ceux non cités nommément leurs réactions m'étant parvenues par e. mail donc à titre privé. Toutes et tous me donnent l'occasion de répondre et qu'on n'y voit pas des retours de compliments;

    Makanéra Ibrahima Sory, si engagé pour la cause guinéenne est entendu pour son encouragement à poursuivre;

    Amyson a raison de noter qu'un texte jugé long peut décourager des lecteurs. C'est vrai, je tiendrai compte du conseil pour la prochaine fois. Quand on est lancé dans la frappe directe de son texte, on ne réalise pas toujours la longueur de ce qu'on écrit. C'est pourquoi la méthode qui consiste à d'abord écrire son texte sur papier permet d'éviter des longueurs et des répétitions inutiles. J'ai en plus le défaut de ne pas toujours me relire. D'où parfois des coquilles et des imperfections qu'on laisse passer et que le webmaster redresse à l'occasion.

    Ismaël Bah, actif Président de la FAGAF: je suis tout à fait d'accord sur les maux qu'il évoque et qui continuent d'engluer la Guinée; c’est-à-dire la bureaucratie, le parasitisme et le clientélisme. Ce sont là des habitudes qui forment la glu empêchant notre pays de prendre son envol pour un développement durable.

    Condé et Moustapha Diallo attirent l'attention sur les comparaisons de situations moyennes. C'est vrai que ces comparaisons ne donnent pas toujours satisfaction. Je concède à Diallo que les individus butés même plus intelligents que d'autres sont en général dangereux. C'est vrai alors qu'il ne faut pas à tout prix se focaliser sur le seul aspect intellectuel. On a connu des Docteurs Mabuse. Un type ordinaire qui a conscience de ses vraies capacités et qui prend conseil est éminemment supérieur à des marchands d'illusions. Si l'on fait référence au niveau culturel de dirigeants politiques, c'est que ce niveau peut permettre une capacité d'analyse de situations à celui qui en a, comparé à celui qui n'en a pas.

    Souleymane Diallo: je n'arrive pas également à comprendre les vraies motivations des Guinéens qui se déclarent patriotes mais se font les défenseurs de dictateurs qui ont conduit à faire de la Guinée un lieu de misères et de tourments humains en Afrique. Quand on voit encore en 2009, qu'en Europe, on poursuit des compagnons de dictateurs des années 1930-1940 pour les punir des forfaits commis par eux en ces temps là, on comprend que les européens soient capables d'avancer sur le chemin des progrès de l'Humanité. C'est ce progrès qui attire en Europe, la jeunesse africaine et guinéenne. C'est ce progrès qui pousse nos dirigeants à constamment tendre la main à l'Europe et au reste du monde qui avance pour le moindre projet chez-nous. Cette évolution ne pousse pas certains de nos compatriotes à réfléchir mais à parler, à la manière de perroquet, d'indépendance et de dignité.

    Mamadou Billo Sy Savané: j'ai plus d'une fois signalé combien son jugement, solide et sûr m'importe sur bien des sujets de notre pays. Je demeure dans cette disposition d'esprit en ajoutant, continue mon frère!

    Barry A. : je crois que devant ce genre de situation, c'est-à-dire le surgissement du CNDD sur la scène politique guinéenne, il ne faut pas être déçu trop tôt, des comportements de ceux qui ne se sont pas tout de suite installés dans la critique. On dit que c'est à l'ouvrage qu'on reconnaît l'ouvrier qualifié. A l'arrivée du CNDD, le fait d'annoncer une « période transitoire » de redressement avait atténué le profond scepticisme de nombreux Guinéens sans les pousser pour autant à renoncer à leur veille sur la situation. Après six mois, on a vu et noté les ouvriers du CNDD. Le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne sont pas les ouvriers qu'il faut à la Guinée pour se relever. S'être installés dans la critique dès l'arrivée du CNDD, n'aurait de toute façon rien changé à la situation, sinon à se justifier de leur incompétence par le grand nombre de ceux qui les auraient gênés de mettre en place leurs réformes. Cette explication ne se serait cependant pas accompagnée du retrait du pouvoir. Ceci étant, avoir été sur ses gardes dès le départ de l'expérience, n'était pas non plus condamnable au regard des 50 années passées. La nuance était dans la systématisation ou non des critiques.

    Koundouno Fatoma: le classement des trois dirigeants peut être discuté, je l'ai dit plus haut, pour ici, j'ajouterai que le bon sens est, dit-t-on la chose la mieux partagée. Si le Président intelligent manquait de bon sens, on peut effectivement dire qu'il était cynique. Le cynisme a souvent conduit à l'imposture.

    Thierno A. Diallo: ses analyses pertinentes sur les dérives du pouvoir politique en Guinée, notamment sur la navigation à vue de Dadis et son équipe, méritent toute l'attention.

    Pour les réactions par e. mail, certaines ont été suivies parfois de questions qui portent sur les points suivants:

    Des précisions sur le CNDD et son Président Moussa Dadis Camara. J'ai franchement dit que je crois, et cette croyance se renforce en moi de jour en jour, que le CNDD, tel qu'il est, tel qu'il est composé, tel qu'il fonctionne, ne sera pas en mesure de relever la Guinée. Nombreux ceux qui ont été élevés dans la culture politique pratiquée en Guinée de 1958 à 2008, et demeurent des hommes et des femmes de pouvoir à ne pas accorder la moindre importance à ce qu'ils affirment dans leurs discours. C'est ce qui explique qu'ils peuvent dire avec force et un semblant de sincérité des choses dont ils ne croient pas le traitre mot. Cette duplicité dans le comportement et le langage ne s'est pas démentie depuis des lustres. Le CNDD ne s'est vraiment pas départi de ce comportement. Autrement comment comprendre que Dadis et ses compagnons aient annoncé dès leur prise de pouvoir qu'ils établissaient une transition pour remettre le pays sur rails pour une gouvernance normale par la voie démocratique et qu'ils démontrent, à présent, tous les jours qu'ils sont là pour longtemps? Ils donnent confirmation à cette hypothèse en ne cessant pas de rappeler qu'en faisant leur coup d'Etat de décembre ce sont eux, militaires, qui ont risqué leur vie en se lançant dans cette aventure. Conclusion logique : « ceux qui ont levé et abattu le lion, sont ceux qui doivent s'asseoir sur sa peau ». On est loin des citoyens en uniforme, républicains et patriotes, pour lesquels, certains d'entre nous, avaient de bonne foi, cru à l'existence dans l'Armée. Nos braves centurions qui ont pris l'habitude de faire des coups d'Etat contre des morts (en 1984 et 2008) parlent maintenant d' «avoir pris des risques ». C'est pourquoi, ils tentent de retourner la situation en leur faveur. Dans toute communauté humaine, il existe des bons et des mauvais éléments. Un nombre de Guinéens, pensaient que même dans l'Armée guinéenne, existaient des éléments sensibles aux malheurs des Guinéens. C'est ce qu'on attendait de l'Armée comme sentiments. Au reste, ceux qui pensaient ainsi, n'ont pas tardé à prendre leurs distances avec les putschistes dès qu'ils ont senti leurs intentions profondes. Je demeure donc solidaire de ceux qui pensent que les Guinéens ne sont pas tous, partout, des corrompus.

    Les velléités de Dadis et des membres du CNDD de se maintenir en place sont confortées par d'obscurs « conseillers » limités qui, de toute façon, vont aller en se raréfiant comme celui qui a écrit: « Vous savez Dadis a commis une grave erreur. Le pouvoir, ce n'est pas une petite chose. Il y a trois phases du pouvoir: sa conquête, sa conservation et son exercice. Mais dès que Dadis est passé à la première phase, il n'a pas mis de véritables stratégies pour les deux autres phases. A savoir, sa conservation et son exercice. Lorsqu'il a pris le pouvoir par un coup d'Etat qui était d'ailleurs attendu, qui était salué, c'est la conquête du pouvoir et que le peuple lui a concédée en disant qu'on est d'accord parce qu'on avait assez. ». Chacun voit midi à sa porte... Je pense et je ne suis pas seul que ce que le peuple a salué, c'était le changement de régime par l'intervention de l'Armée au service de la Nation, Etant le seul corps social « organisé » du pays, il pouvait rendre ce service, les temps ayant changé sans songer à une conquête du pouvoir. Et encore moins sa conservation et son exercice. Mais c'est ce genre de sornettes que ces « conseillers » ces conseillers » serinent à l'oreille de Dadis.

    Je suis convaincu, que si celui-ci et ses compagnons tentent de se maintenir en place, ils ne feront que reculer notre pays et je le répète, il faut qu'ils se rendent compte qu'ils sont loin d'avoir les capacités intellectuelles et morales, les moyens matériels aussi de redresser et de diriger efficacement la Guinée. En s'entêtant pour se maintenir en place, ils montreront qu'ils sont en retard sur les temps que nous vivons. Les auteurs des coups d'Etat n'ont plus, aujourd'hui, la « baraka » du temps des Bokassa, des Idi Amin Dada, des Samuel Doe, des Conté etc. qui, du reste, ont fini plus ou moins, dans la honte, l'incapacité physique ou dans le sang et des pays en ruines.

    Il faut féliciter les initiateurs guinéens de la rencontre de Bruxelles le 26 juin pour montrer à l'Extérieur, notamment à l'Union Européenne, que continuer à financer des groupes d'arrivistes comme le CNDD n'est pas une aide au peuple guinéen mais à des individus qui non seulement n'apporteront rien à la Guinée mais en profiteront pour s'enrichir. L'appel à l'Union Européenne de regarder les réalités guinéennes est également valable pour les investisseurs qui sont des gens avertis. La rencontre de Paris le 11 juillet 2009, ira sans doute dans le même sens.

    Du moment que j'avais parlé des partis politiques guinéens, des questions m'ont été posées sur eux. J'ai maintes fois écrit qu'au lieu de les prendre pour cibles des critiques sous le régime de Lansana Conté, on se trompait lourdement. Quels que soient les problèmes d'aujourd'hui, c'est par l'action des partis politiques que la Guinée se relèvera, si les leaders se révèlent être des hommes ou des femmes d'Etat. Le problème de l'heure est que nos concitoyens ont une prédilection particulière pour les formules: « y a qu'à »; « il n'y a qu’ 'à faire ceci ou cela »; « au lieu de dénoncer, ya qu'à passer à l'action » et personne n'a jamais fourni de mode d'emploi de cette action etc. Ce qu'on ne sait pas ou qu'on oublie est que critiquer ou dénoncer ont été des armes qui ont fini par avoir un effet débilitant sur les régimes visés. Ce ne sont pas par exemple des divisions blindées venues de l'Occident qui ont disloqué l'ancien bloc soviétique mais l'action souterraine d'opposants et les écrits de personnalités comme Soljenitsyne. Bref les partis politiques guinéens d'opposition ont fait de gros efforts (tout est relatif) pour le multipartisme et l'implantation de l'embryon de démocratie intervenue en Guinée. Leur faiblesse, on l'a assez dit venait, vient toujours de la situation économique du pays, du manque de synergie réelle d'action et surtout d'un trop grand émiettement du champ politique. Il ya de TROP de petits partis sans aucune envergure à attendre et dont les motivations des animateurs sont autres que ce qu'on doit attendre de l'engagement d'hommes et de femmes au service d'une nation. Mais, me dira-t-on, c'est aussi cela la démocratie. Quoi qu'il en soit, il faut que les Guinéens renforcent les partis politiques de leur choix pour sortir la Guinée des rodomontades des Rambos en tenue de combat. Cela est possible en isolant de l'extérieur les usurpateurs de la volonté populaire. C'est sur ce point de renforcer les partis politiques qu'un de mes correspondants me demande mon appartenance politique. Autrement dit mon parti politique.

    Sa question ne m'a pas paru gênante et j'ai répondu que la politique m'intéresse mais si je ne me suis pas concrètement engagé dans un parti, c'est en raison de mon état de santé. Quand on s'engage dans un parti politique, il faut être dans les dispositions d'aller au charbon comme tout militant. Outre mon métier d'enseignant, j'ai été responsable syndical sur le campus universitaire. J'ai donc connu la valeur de l'engagement. Depuis ma retraite de l'Université, je souffre d'une cheville qui réduit ma mobilité géographique, c'est pourquoi, d'ailleurs, je suis souvent absent des rencontres de mes compatriotes à Paris. Pour le reste, « ça va, Dieu merci », comme on dit chez-nous.

    N'étant donc pas actif dans le cadre du militantisme, je ne manquerai pas comme citoyen de manifester mon choix quand le champ électoral s'éclaircira. Dois-je en dire plus, cher correspondant?...

    Alors même n'étant pas membre d'un parti politique et même ne vivant pas en Guinée, j'y reste attaché et j'ai toujours souhaité ardemment en moi-même et prié que les choses aillent bien pour la Guinée et les Guinéens. Ces souhaits et ces prières que ceux qui sont imprégnés de la culture de l'imposture dont j'ai parlé dans ce texte, ont tendance à déformer pour ne voir dans chaque Guinéen qu'un forcené à la recherche de privilèges liés au pouvoir politique, ne sont à mes yeux comme à ceux d'autres que la simple recherche de soi-même.

     

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  • Guinée 1958-2008: Cinquante années d'imposture (Voulez-vous que ça continue?)

    Guinéennes, Guinéens ! N'en avez-vous pas assez d'avoir été régis par 50 ans d'imposture en République de Guinée?

    Et surtout pour certains d'entre vous, n'allez pas croire que ce terme du titre de mon article est excessif.

    Il me semble à moi que non. Au point où nous en sommes, nous Guinéens, nous devrions en être à appeler les situations par les mots justes et nous passer des conventions de citoyens raffinés devenus des moisissures de salons que nous ne sommes pas encore.

    Tous les dictionnaires admettent qu'une imposture consiste en l'action délibérée de se faire passer pour ce qu'on n'est pas, de faire passer une chose pour ce qu’elle n’est pas.

    C'est en ce sens qu'on a parfois parlé de mystification ou d'escroquerie. Si un tel comportement était le fait de hâbleurs de coins de rues, sans aucun impact sur la vie de millions d'individus, il ne mériterait peut-être pas qu'on y prête attention.

    L'imposture dont il s'agit ici, est celle qui a été le comportement dominant des dirigeants guinéens dans la conduite de l'Etat depuis sa fondation. Chacune et chacun des Guinéens devraient à présent se pénétrer de cette réalité pour se dégager des mythes, des faux mythes ethniques, régionalistes et autres qui nous maintiennent dans une espèce de gangue.

    C'est ce qui explique que depuis 50 ans, nous nous sommes abandonnés à des marchands d'illusions qui nous ont abusés et usés. C'est là que réside aussi l'explication que la Guinée constitue un cas en Afrique.

    Guinéennes, Guinéens ! Souhaitez-vous poursuivre dans cette voie du renoncement et de l'abandon de vous-mêmes à la fatalité, après 50 ans de geignement ?

    C'est pourtant cette voie qui semble, à nouveau, se profiler devant vous ... Pour quelle durée encore ?...

     Je ne répondrai pas à cette question, mais l'expérience en cours ne durerait que deux, trois ans, il faudrait, (nous souvenant du passé), nous dire que c'est long, trop long d'autant que l'effet enivrant du pouvoir peut ramener au passé douloureux. Les mailles du pouvoir sur une population largement analphabète comme la nôtre a toujours été une réalité et cette pratique est loin de disparaître.

    Dans l'atmosphère d'imbroglio ambiant, les araignées du CNDD sont en train de tisser les mailles autour des populations les plus vulnérables et les plus nombreuses, pour reconduire, peut-être de manière différence, les impostures des 50 années de la période 1958-2008.

    Sans revenir longuement, dans cet article, à la culture de l'imposture politique des deux Présidents de la République de 1958 à 2008 et dont tout citoyen guinéen subit encore, aujourd'hui, les effets pervers, je vais en rappeler les schémas car c'est un devoir de revenir et encore à ce passé.

    Au cours de la période 58-84, le Président Sékou Touré qui avait mené avec des compagnons et des dirigeants d'autres partis politiques guinéens, le combat de la libération du pays du système colonial avec des mots d'ordre mobilisateurs, n'a pas tardé, après l'indépendance à se métamorphoser en un sinistre dictateur.

    En quelques années, entouré de séides plus bas que terre, il s'était présenté aux Guinéens, sans le moindre scrupule en savant en toutes choses.

    Des commis du Parti-Etat devaient renforcer cette image du « Président-il-sait-tout » dans la formation de la jeunesse et la mystification des Guinéens. Comme si la population ne connaissait pas l'itinéraire de Sékou Touré, Louis Sénaïnon Béhanzin, Secrétaire d'Etat à l'Idéologie, confirme l'imposture mise en place en écrivant: «Il faut à tout prix, par tous les moyens, que les élèves soient convaincus que Sékou Touré représente la vérité absolue, que lui seul détient les connaissances dont a besoin le peuple guinéen, que seule sa pensée doit servir de modèle et d'exemple dans la formation et dans l'action pour le mieux-être de la Guinée» (cf L'Ecole guinéenne, n°2, décembre 1969; cf également Perspectives Nouvelles, n° 40, 1974).

     Une imposture de cette taille ne trouve d'explication cohérente que dans les limites personnelles de l'initiateur de cette politique à l'échelle d'un pays et c'est en cela qu'on peut parler, en dépit des apparences, de l'ignorance au pouvoir.

    Le substrat sociologique et intellectuel d'un tel dirigeant est caractérisé par l'ignorance dans le sens plein du terme. Cette affirmation s'est vérifiée tout au long de l'Histoire de l'Humanité.

    Les premiers succès qu'ont enregistrés les dictateurs qui s'étaient d'abord entourés de compétences, parce qu'ils en avaient besoin pour consolider leur pouvoir, ont été très souvent annihilés par leur ignorance de la réalité.

    L'exemple type sur ce point est donné par l'historien allemand Gert Buchheit dans son ouvrage, «Hitler, chef de guerre – l'armée allemande sous le 3e Reich » (Walter Beckers, Editeur, Kapellen, 2 vol. Anvers, 1968).Jacques Morval écrit en introduction de la traduction française de cet ouvrage: « Cela alla bien un temps: il avait de bons généraux, des adversaires en or et, aussi, beaucoup de chance. Le malheur – ou le bonheur, selon le camp où l'on se place – fut que, grisé par ces succès, il voulut tout diriger lui-même. Eliminant progressivement les spécialistes qualifiés. Il conduisit lentement mais sûrement à sa ruine une armée allemande qui, de toute son histoire, n’avait sans doute jamais connu des sommets comparables à ceux qu'elle atteignit au printemps 1940 ».

    J'ai, intentionnellement recouru à cet exemple ici pour montrer, que dans le domaine politique , les « brillants autodidactes », ont plus souvent conduit que d'autres , à la catastrophe , les peuples dont ils s'étaient chargés des destinées.

    A une échelle différente de l'exemple que je viens de citer, la Guinée a connu une catastrophe humaine, économique et sociale de l'expérience politique menée par Sékou Touré en Guinée.

    Le malheur pour les Guinéens a été , est toujours, qu'un grand nombre d'entre eux, n'a pas tiré de leçon de cette tragique histoire d'un parti qui s'était dénommé en 1978 à la face du monde entier « Parti-Etat » et qui se qualifiait, sans état d'âme, de « démocratique ».

    Qu'est-ce qui peut expliquer cette effrayante inconscience devant l'Histoire, sinon un état d'ignorance installée au pouvoir?

    A partir de là l'imposture du premier dirigeant du pays n'a plus connu de limites. Et il se trouve encore des Guinéens pour justifier cette imposture, même et surtout parmi certains de ceux qui avaient fui l'enfer qu'était devenu notre pays et qui vivent toujours à l'étranger.

    La deuxième République de Guinée qui naîtra des décombres de l'expérience du Parti-Etat, d'abord sous la forme d'un Comité Militaire de Redressement National (CMRN), sera moins flamboyant que le Parti-Etat car son dirigeant n'était qu'un nabot comparé à son prédécesseur mais les nabots, dans l'Histoire, peuvent aussi faire mal et Lansana Conté en fait à la Guinée.

     A part le masque débonnaire de Président-paysan, il s'est inspiré de bien des méthodes d'avant 1984 pour gouverner dans l'imposture, méthode de gouvernement dans des pays à taux d'analphabétisme élevé.

    De 1984 à 2008, les crimes d'Etat n'ont pas disparu. La mise en coupe réglée du pillage économique était devenue la méthode de gouvernance.

    Des hommes qui étaient arrivés au pouvoir en 1984 pour, disaient-ils, redresser la Guinée brisée des années du Parti-Etat et qui étaient tous pauvres comme Job, (ils le proclamaient haut et fort), étaient devenus tous ou presque des milliardaires.

     De quelles activités professionnelles?

     De quelles industries?

     Chacun en a la réponse : à tous les niveaux, cet enrichissement ne pouvait provenir que du vol des deniers publics.

    Qu'est-ce qui peut expliquer une telle évolution de la chose publique en Guinée?

    C'est encore de l'imposture de taille qu'ont eue ceux qui viennent, s'installent et se maintiennent au pouvoir par la force en s'appropriant les biens collectifs tout en ne sachant rien proposer en retour sinon les sempiternelles logorrhées qui n'ont jamais apporté un début de réponse aux problèmes guinéens.

    Les fondements culturels politiques de cette longue nuit guinéenne ne reposent que sur la force bestiale pour soumettre la population.

    C'est à la mamelle de cette culture qu'ont été allaités les hommes qui ont fait le coup d'Etat contre le cadavre de Lansana Conté en Décembre 2008, à l'identique du coup d'Etat que celui-ci avait fait contre le cadavre de Sékou Touré en Avril 1984.

    Ils se sont présentés sous la conduite du Capitaine Moussa Dadis Camara, en balayant la vieille garde corrompue, dans le cadre d'un Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD).

     Cet acronyme ne serait-il pas un avatar qui s'ignore de feu le CMRN?

    L'interrogation n'est pas saugrenue. L'imposture des animateurs du CMNR reposait sur une énorme vacuité qu'ils devinaient eux-mêmes. Aucun des 25 membres n'avait ni la formation, encore moins la dimension culturelle de diriger un Etat en ce 20e siècle finissant.

    Mais le cynisme et l'imposture de Lansana Conté et de ses compagnons ne reposaient que sur les armes que la nation leur avait confiées pour sa défense. Je me souviens de discussions que j'avais eues avec différents ministres militaires, au début du mois de Mai 1984 à Conakry.

    La vacuité dont faisaient preuve ces militaires à ces postes s'est confirmée aux résultats de leur gestion catastrophique. Ce qui comptait pour eux à ces postes de responsabilité, était ce qu'ils pouvaient en tirer en termes matériels et financiers et non les services à rendre à la Nation. C'est là où réside la caractéristique fondamentale des imposteurs au pouvoir.

    Je crains, ce n'est pas un souhait, que Moussa Dadis Camara et ses compagnons du CNDD ne soient à la porte de l'imposture, s'ils n’y sont pas déjà entrés.

    A constater l'ampleur du crédit moral dont ils disposaient à la fin de l'année 2008 et les alertes qui fusent de partout à l'heure actuelle, sur les dysfonctionnements et les pratiques de pompiers de Dadis et du CNDD, on doit s'interroger au lieu de s'installer dans cette béatitude conformiste qui consiste à dire « Ne les troublez pas, ne créez pas de confusions, laissez-les travailler tranquillement, etc. ».

    Qu'on me dise qui, quel groupement, aujourd'hui, en Guinée ou à l'extérieur dispose de forces matérielles pour s'opposer à des militaires en armes et les empêcher de faire ce qu'ils veulent faire?

    Personne. Que le CNDD se remette à faire du sérieux pour ce qui reste de la période transitoire et vous verrez que les flux des critiques s'atténueront. Il faut rappeler à cet égard que parmi les Guinéens qui écrivent sur le pays, certains avaient souligné que le CNDD avait hérité d'une situation politique très difficile.

     Pour ma part, j'avais, plus d'une fois écrit qu'il fallait s'attendre à de nombreux couacs indépendants de la volonté des membres de la nouvelle direction guinéenne.

    Toutefois, l'expérience des six mois écoulés montre que quelles que soient les bonnes intentions proclamées, Moussa Dadis Camara et les principaux membres militaires du CNDD n'ont ni la formation, ni l'expérience, ni la dimension culturelle de sortir la Guinée des décombres dont ils ne sont du reste pas les responsables, je l'ai dit, à moins de vouloir s'éterniser au pouvoir et aggraver ces décombres.

     Seules des élections vraies devant conduire des élus du peuple guinéen aux commandes de l'Etat entraîneront l'adhésion du peuple guinéen à l'édification humaine, économique et sociale de sa patrie.

    Tout le reste n'est que manœuvres dilatoires et perte de temps qui se termineront par la honte posthume ou du vivant des acteurs qui se sont crus les envoyés de Dieu. C'est ce titre que ne cessent de leur souffler à l'oreille les bandes oisives d'ignorants qu'ils consultent régulièrement sur les desseins de Dieu à leur égard.

    Ces pratiques qui n'ont jamais fait avancer les problèmes guinéens constituent des activités florissantes et nourrissent bien leurs hommes. Comme le CMRN, le CNDD est arrivé à un moment d'attente intense du pays réel guinéen de renouvellement du système politique en place.

    C'est ce qui explique les explosions de joies populaires le 23 Décembre 2008. Cette entrée dans l'Histoire de la République de Guinée était une chance à saisir pleinement.

    Le CMRN avait torpillé une telle chance qui s'était offerte à lui en 1984. Je le répète, bien que les compagnons du CNDD aient un niveau culturel moyen supérieur à celui de leurs aînés du CMRN, ils ne montrent pas que ce sont eux qui arriveront à tirer le pays vers le haut.

    Les intentions proclamées d'une transition courte pour remettre le pays sur les rails et qui ne semblent pas s'être concrétisées de façon tangible, doivent clairement être débarrassées des effets pervers de la politique-spectacle.

    C'est la voie de la crédibilité et de l'honneur qui reste pour le CNDD et son chef pour sortir la gouvernance en Guinée de la mauvaise philosophie politique de l'imposture.

    En tant que militaires, ce que la nation consciente attend de Dadis et de ses compagnons, c'est de déployer leurs efforts pour organiser le pays pour des élections dignes de ce nom pour qu'enfin les Guinéens soient gouvernés selon leur volonté.

    Des élections?... Quand?

    Il ne faut, d’ailleurs, pas rendre ce mot magique, ce ne sont pas des élections qui vont de manière magique résoudre illico tous nos problèmes mais à réfléchir là-dessus, c'est la moins mauvaise des perspectives d'avenir pour nous au regard du passé. Alors des élections, disons, le plus rapidement dans un délai clair qui ne laisse planer aucune ambiguïté sur des tentatives d'installation durable de l'Armée au pouvoir.

    On se demande d'ailleurs le pourquoi de cet anachronisme dans certains pays africains dont la Guinée de voir la prétention de l'Armée à vouloir gouverner le pays.

    Le constat qu'on tire souvent des gouvernements militaires est l'échec et la mise en retard de pays ayant connu ces cas de gouvernement. Le grand retard des pays d'Amérique du Sud sur l'Amérique du Nord s'explique en partie par la prétention des Armées d'Amérique de Sud à s'immiscer dans la vie politique de certains de ces pays du 19e siècle au milieu du 20e siècle.

    Les coups d'Etat militaires s'y étant raréfiés depuis le années 1960, bien des pays latino-américains ont réalisé de remarquables progrès économiques et sociaux.

    Aujourd'hui, on y compte de grands pays émergents qui comptent dans l'économie mondialisée. En ce qui nous concerne, rien ne pourrait empêcher, comme dans les pays démocratiques, que des membres du CNDD, devenus des citoyens civils, aient plus tard des prétentions de carrière politique. Ce qu'on attend de Dadis et du CNDD est pour l'immédiat :

    a) D'activer la fin de la période transitoire pour l'organisation d'élections dans lesquelles aucun d'eux ne sera impliqué comme candidat ni en 2009, ni en 2010.

    Les partis politiques, la société civile, les syndicats et le Groupe International de Contact sur la Guinée pourraient à nouveau se retrouver comme prévu d'ailleurs en Mai 2009. Cette rencontre devrait être assortie de mises en garde contre les déclarations équivoques et toutes manifestations de l'Etat-spectacle.

    b) C'est la voie raisonnable, il faut le répéter, pour les membres du CNDD qui veulent envisager pour plus tard une carrière politique, après un retour dans les casernes qu'ils doivent mettre à profit pour réorganiser l'armée.

     Cette réorganisation serait une nécessité. Il faut en effet restaurer la vraie mission d'une armée républicaine éduquée et reposant sur le rétablissement de la hiérarchie.

    L'image qu'elle donne actuellement n'est en effet pas annonciatrice de stabilité pour l'armée elle-même mais également pour l'Etat républicain. La culture du Parti-Etat qui voulait que n'importe qui soit capable de tenir n'importe quel poste dans l'Etat est encore fortement ancrée dans les esprits.

    C’est pourquoi des pratiques comme celle de faire prêter un serment de fidélité sur le Coran ou la Bible à qui que ce soit, ne retiendront personne dans sa soif de pouvoir.

    Seule une bonne formation républicaine sera à même d'amener au respect des institutions et de la hiérarchie, garants de la stabilité de l'Etat et de programmes cohérents de développement.

    Hors de ces considérations, les critiques faites actuellement sur Dadis et sur le CNDD ne sont pas toutes des exagérations comme des béni – oui -oui tentent de le faire croire et n'ont à la bouche que ce psittacisme: « qu'est-ce que vous proposez » comme si tous ceux qui écrivent n'avançaient aucune suggestion dans leurs réflexions.

    Et plus encore, a-t-on jamais constaté que toutes propositions, et chacun sait qu'il s'en formule sans répit, sont tout simplement lues?

    Un collectif comme le Conseil National des Organisations de la Société Civile de Guinée (CNOSCG) a souvent fait des propositions, de bonnes propositions pour quels résultats? Ainsi, pour une amélioration de la gouvernance en Guinée, ce conseil fait un remarquable travail pour « le redressement » de la gouvernance de notre pays.

    Le dernier exemple de son intervention est contenu dans sa déclaration du 15 Juin 2009 qui porte sur huit points de propositions essentielles sur la transition en cours. Je suis sidéré de constater que le CNOSCG qui n'a pas les moyens matériels d'un gouvernement pour mettre en pratique ses propositions, n'échappe pas aux critiques inutiles de certains de ceux qui réclament à tout propos des propositions à faire aux CNDD.

    On devrait savoir que tout gouvernement en Guinée ou ailleurs a besoin d'organismes (sous diverses appellations) du type du CNOSCG pour améliorer sa gouvernance et aller de l'avant. C'est ce qui a cruellement manqué en Guinée pendant 50 ans.

     Pour ce qui a trait à d'autres aspects des critiques adressées au Président du CNDD, par exemple la tendance à une certaine forme d'autocratie, il s'agit là de comportements à combattre plutôt que de sujets comme l'incident survenu avec l'Ambassadeur allemand Karl Prinz.

    Dans un exemple de ce type, les choses me paraissent simples à comprendre. L'Ambassadeur Karl Prinz est intervenu de façon peu diplomatique, c'est sûr, dans sa question connue de tous à Dadis.

     En Europe, il n'aurait pas posé la question dans les mêmes termes. Mais s'il l'a fait, c'est sans doute au regard du financement que la Guinée sollicite constamment de l'extérieur, notamment de l'Union Européenne pour tout ce qu'elle veut entreprendre. C'est le cas des élections sur lesquelles portait la question de M. Prinz.

    Quand on est bailleur de fonds d'une opération, cela peut conduire à vouloir y jeter un regard. Et ceux qui font, comme les dirigeants de Guinée, continuellement appel aux fonds accumulés par d'autres peuples sont mal placés pour parler de dignité.

    C'est pourquoi j'avais intitulé un de mes articles : « Indépendance où es-tu? » (20 Mars 2008). C'est l'occasion de rappeler que les fonds que nous sollicitons sans gêne auprès de bailleurs extérieurs, ont été accumulés par eux en utilisant leurs diverses compétences de tous niveaux.

    En Guinée, les compétences ont été pour l'essentiel écartées de la gestion de haut niveau de l'Etat et de l'économie par toutes sortes de manigances parentales ou népotistes, en sorte que c'est l'incompétence qui a eu pignon sur rue.

    Ce système a toujours contribué à la pérennisation de l'imposture au pouvoir. C'est ce système que nombre de Guinéens auraient voulu voir abattu. Le temps de l'installation de la transition, par définition courte le plus souvent, paraît déjà escamoté par la politique-spectacle du CNDD et de son chef.

    Pour ce qui reste de ce temps toujours non défini avec précision, il faut, pour l'honneur de Dadis et de ses compagnons, une vigoureuse reprise de la préparation d'élections fiables sans participation, comme candidats, des membres du CNDD.

    Si tel n'est pas le cas, c'est que l'imposture adoptée comme philosophie politique en République de Guinée n'a pas été éradiquée par l'avènement du Conseil National pour la Démocratie et le Développement en Décembre 2008.

    Alors, Guinéennes et Guinéens, mes compatriotes, le devoir impérieux est de se grouper derrière les partis politiques de vos choix. C'est la voie pacifique de salut.

     Les appels à la désobéissance civique ne sont pas réalistes surtout quand ils émanent de ceux qui ne vivent pas les conditions quotidiennes des Guinéens moyens. J'ai à plusieurs reprises écrit que les leaders de l'opposition politique étaient les seules alternatives crédibles de changements.

    Il m'est même arrivé, il faut que je le rappelle, de dire que cette opposition devait être présente dans les allées du pouvoir, au moment du règlement de la succession de Conté, qu'on pouvait estimer à 50% sous l'éphémère primature de Souaré, se déroulant dans ce qui était alors présenté comme le cadre constitutionnel.

    J'avais expliqué à l'époque qu'il ne s'agissait pas d'une collaboration avec un Conté finissant mais pour une opposition présente dans les rouages de l'Etat à une époque d'incertitude pour tous.

    Cette parenthèse faite; les faiblesses des partis d'opposition sous Conté me semblent avoir résidé pour partie dans leur excessif émiettement du champ politique, leur absence de réelle synergie d'action et surtout de leur étouffement par le pouvoir en place.

    Mais pour certains, les avoir pris pour cibles de critiques infondées et de procès d'intention sans valeur, avait toujours constitué, à mes yeux, de graves erreurs de jugements qui n'avaient fait que conforter les imposteurs au pouvoir.

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  • Place au réalisme politique

    Dans la perspective d’un retour imminent à l’ordre constitutionnel, avec la fin programmée de la transition en cours et l’organisation des élections, telles que prévues dans le chronogramme proposé par les forces vives de la nation, un zoom sur le paysage politique, en cette période cruciale, que l’on voudrait tous, favorable à l’émergence d’une Guinée, débarrassée des pesanteurs d’un passé, peu reluisant sur le plan économique et humain, laisse entrevoir des signes d’inquiétude, liés à un phénomène de gaspillage d’énergie, que crée ce climat délétère, d’opposition stérile entre pro et anti CNDD.

    L’on se souvient que la prise de pouvoir par l’armée, consécutive à la mort du général Conté, a été sinon saluée, en tous points de vue, préférable à la légalité constitutionnelle qui aurait entrainé, un changement dans la continuité de la mal gouvernance, qu’incarnaient les caciques du régime défunt.

    Ce choix, s’il n’était pas la meilleure des solutions, ouvrait pensait-on avec réserve, la voie à la création de conditions matérielles et d’environnement structurel, conformes à l’idéal de démocratie, seule alternative politique, à même de sortir le pays de l’ornière.

    Cependant aujourd’hui, sous prétexte d’expression pluraliste et démocratique des opinions, la classe politique, dont la pléthore des tendances, est de façon on ne peut plus éloquente, expressive des divergences, dans cette lutte acharnée de conquête du pouvoir, souffre de l’incompatibilité de la volonté populaire de changement et les suspicions de division, que l’on prête aux postulants à la future magistrature suprême.

    Ceux-ci se trouvant fondamentalement, des différences de principe dans leurs projets respectifs de société,  une reconfiguration politique favorable à l’harmonisation des courants de pensée, réduisant et facilitant, le choix des militants et sympathisants, devient du coup hypothétique et tout porte à croire, qu’en pareille circonstance, l’amalgame entre ambitions et prétentions des uns et des autres, crée un point de friction, d’où l’on ne peut s’attendre, qu’à l’éventualité de distribution fantaisiste et d’occupation anarchique des parcelles d’autorité.

    La restauration de l’autorité de l’Etat dont il est question, se trouve en ce moment, délicatement entamée, du fait de la propension de nos dirigeants, à favoriser des situations de conflits de compétences et d’intérêts, ce qui met en mal nos aspirations profondes de cohésion sociale, car on se retrouve bêtement embourbé, dans de mesquines querelles d’égo de personnalités, qui n’ont pourtant de cesse de clamer avec désinvolture, leur capacité et aptitude à privilégier de façon objective, l’intérêt supérieur de la nation.

    Comment expliquer la prolifération des partis politiques, au nom d’un leadership qui n’aura rien de consensuel, parce que défini par la singulière idée de se faire valoir individuellement, face à un défit d’ordre national, qu’est le développement socio-économique de la Guinée.

    Chose essentielle, c’est que la direction d’un peuple, ne saurait s’improviser et à propos, les autorités actuelles du pays ont, comme il est de coutume, fait des promesses auxquelles, les populations assoiffées de changement, ont cru dur comme fer, surtout que les discours de bonnes intentions du Capi-Prési, étaient empreints de sincérité.

    Seulement avons-nous simplement oublié que les grandes désillusions naissent de grands espoirs.

    Le Capitaine Dadis, quelque soit sa bonne volonté, ne saura à lui seul, comme le temps semble le déterminer, trouver les remèdes au mal guinéen, qui se trouve profondément enraciné et dont l’extirpation des racines, nécessitent les efforts de tous.

    Soyons d’avis avec ceux qui soutiennent, la tenue d’une conférence nationale de réconciliation, qui permettrait de rebâtir de solides fondations, d’une nation progressiste, car en Guinée, il y’a trop de non-dit, qui méritent d’être portés à connaissance du peuple, pour que sauves soient, les générations futures.

    Par ailleurs, contrairement à l’organisation en premier lieu des élections présidentielles, dont l’issue aurait influencé le choix des électeurs vers la mouvance présidentielle, avec comme atout, l’émergence dans la future assemblée nationale, d’une majorité stable, nécessaire à l’entreprise des reformes, l’organisation des élections législatives risque de voir naître, des groupuscules de courants, à poids politiques sensiblement égaux, ce qui rendrait difficiles, les futures tractations de proposition de projets de gouvernement.

    Dans l’un ou l’autre des cas, les guinéens doivent se résoudre à l’idée de constitution d’un gouvernement d’union nationale, qui mettrait à contribution toutes les compétences du pays, au-delà  des stéréotypes, avec comme critère essentiel de choix du futur président démocratiquement élu, outre son intégrité physique et morale, mais aussi et surtout l’expérience de la gestion administrative, comme gage de compétitivité, dans cet élan de globalisation du monde.

    Ce choix s’avère crucial, car il faudrait comprendre, que la tendance est au maintien des présidents élus au pouvoir, pour au moins deux législatures consécutives, quelque soient d’ailleurs, les conditions de réélection, sous le prétexte, de vouloir conclure l’œuvre entamée, qui ne se résume en réalité qu’en des réformes, dont les résultats ne s’observent qu’à moyen et long terme. Ne dit-on pas à ce sujet que le temps est le meilleur allié du politicien ?

    Qui à ce stade de l’évolution de la situation guinéenne, peut dire en âme et conscience, qu’il se satisfait de ce style de gouvernance, qui parait inédit, de par le caractère volubile et théâtrale des invectives du Capi-Prési, agissant en grand manitou, actes qui ne doivent être assimilés, qu’à des coups de sang et peut-être des coups de gueule, car versatile qu’il se montre, il dit en parlant de ses décisions parfois contestées, que sa parole n’est pas une montagne. Alors, la question reste entièrement posée.

    En tous les cas, l’avenir donnera raison, à ceux qui ont raison et tort, à ceux qui ont tort, déterminisme oblige.

     

     

     

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